LA CONVERSION POUR FÊTER NOËL!

Homélie pour le 13 décembre 2009
par Raymond Gravel, prêtre
Réf. Bibliques : 1ère lecture : So 3,14-18a
2è lecture : Ph 4,4-7
Évangile : Lc 3,10-18

Comme dimanche passé, l'évangile nous met en présence de la figure de Jean-Baptiste, figure qui commence à s'effacer devant le Messie : " Il vient celui qui est plus puissant que moi " (Lc 3,16b). Voilà la Bonne Nouvelle, qui fait de ce dimanche, le dimanche de la joie. Joie faite de sérénité, de paix, de confiance. En ce dimanche, milieu de l'Avent, c'est déjà la clarté de Noël qui nous illumine…Mais au fait, y'aura-t-il un Noël cette année? Il en dépend de notre conversion!

1. Qu'est-ce que Noël? C'est une fête païenne romaine christianisée au 4è siècle. C'est la fête de la lumière : la victoire du jour sur la nuit. C'est l'avènement du Christ ressuscité, lumière pour tous les chrétiens du monde, qui naît et qui renaît en chacun(e) de nous pour que l'on devienne Lui, c'est-à-dire Christ ressuscité. Comme Église, comme chrétiens, ressemblons-nous au Christ des évangiles? Devant les situations de guerres, de torture, de conflits, d'injustice, d'inégalité, de pauvreté, de scandales économiques et sexuels, quelle est l'attitude de ceux et celles qui se préparent à fêter Noël? Cette attitude reflète-t-elle celle du Christ? N'oublions surtout pas que le Christ ne condamne jamais : il dénonce, il interpelle, il brasse la cage aux dirigeants, il pardonne, il fait miséricorde, il prend le parti des petits, des mal aimés, des exclus. Ce Christ peut-il renaître aujourd'hui?

En 1ère lecture aujourd'hui, un prophète du 6è siècle avant le Christ qui se fait passer pour Sophonie qui lui a écrit au 7è siècle avant notre ère, a beau invité son peuple à la joie après le retour d'Exil : " Le Seigneur ton Dieu est en toi, c'est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour; il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête " (So 3,17), l'histoire nous a démontré que cette libération fut de courte durée et que les situations de violence et d'injustice prendront le dessus et la tristesse sera encore au rendez-vous; de sorte qu'au 1er siècle de notre ère, un autre prophète, Jean-Baptiste annoncera l'arrivée d'un Messie politique qui viendra faire maison nette : " Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier; quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint pas " (Lc 3,17). Encore une fois, ce sera la déception, car ce Messie annoncé par Jean ne viendra jamais.

Le théologien français Gérard Bessière écrit : " Jean ne laisse planer aucun doute : il ne fait qu'annoncer celui qui baptisera dans l'Esprit saint et dans le feu. Mais Jésus ne sera pas le moissonneur qui vanne le blé et brûle la paille. Il se présentera comme le semeur de la plus modeste des semences, il refusera d'arracher l'ivraie, il sera lui-même le grain jeté dans les sillons sanglants de l'histoire…Que faire? Il avait parlé d'un Royaume divin vers lequel on marche en aimant et en pardonnant ". C'est donc lui qu'on doit accueillir à Noël! Non pas le Messie super puissant qui peut transformer le monde d'un coup de baguette magique, mais celui qui est venu prendre le parti des pauvres, des petits, des blessés de la vie, des exclus, afin qu'ils retrouvent leur dignité et que soit rétablie la justice.

Donc, pour célébrer Noël cette année, il nous faut nous convertir pour ressembler davantage au Christ des évangiles, afin de le porter au monde d'aujourd'hui. Pour ce faire, on peut suivre les recommandations de Jean-Baptiste, même s'il s'est trompé sur le but de la mission du Messie; de sorte que, un

peu plus loin dans l'évangile de Luc, Jean-Baptiste envoie l'un de ses disciples demander à Jésus : " Es-tu Celui qui vient ou devons-nous en attendre un autre? " (Lc 7,19). La réponse du Jésus de Luc est claire : " Il répondit aux envoyés : Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres " (Lc 7,22). Même Jean a dû se convertir…mais quelles sont ses recommandations dans l'évangile d'aujourd'hui?

2. La conversion : Jean-Baptiste n'y va pas par quatre chemins avec ceux qui lui demandent le baptême. Il dénonce avec vigueur les faux semblants. Il vient de dire à ceux qui se vantent d'être les enfants d'Abraham : " Produisez donc des fruits qui témoignent de votre conversion " (Lc 3,8a). Et cette conversion, elle s'adresse à tous : les foules, donc les gens simples, les publicains, les collecteurs d'impôt, ces hommes sans scrupule qui volent les pauvres et qui collaborent avec l'occupant romain, et les soldats qui défendent le régime oppressif de Rome et qui font preuve de cruauté envers les petits et les blessés de la vie. À chacun de ces groupes, Jean-Baptiste fait des recommandations : aux foules, il invite au partage avec les pauvres : " Celui qui a deux vêtements, qu'il partage avec celui qui n'en a pas; et celui qui a de quoi manger, qu'il fasse de même! " (Lc 3,11). Aux publicains, il exige la justice et l'honnêteté : " N'exigez rien de plus que ce qui vous est fixé " (Lc 3,13). Et aux soldats, il demande de respecter la dignité des personnes et de ne pas abuser de leur pouvoir par la violence : " Ne faites ni violence ni tort à personne; et contentez-vous de votre solde " (Lc 3,14).

Dans le fond, la conversion consiste à faire preuve d'humanité envers tout le monde, à redonner la dignité aux marginaux, aux exclus et aux mal aimés, et à rétablir la justice pour les pauvres et les démunis. Il faut passer de la parole aux actes; sinon, nous retardons la naissance du Christ dans notre monde. Aussi, il nous faut réaliser qu'il ne s'agit pas tant de faire des choses, que d'être ce que nous faisons. Par exemple, pour faire la paix dans le monde, il nous faut être des hommes et des femmes de paix, de compassion, de miséricorde et de pardon. Si nous voulons rétablir la justice, il nous faut d'abord être juste nous-mêmes; sans cela, la justice est impossible à réaliser. On ne peut faire que ce que nous sommes.

En terminant, je vous propose cette belle réflexion de l'exégète français Jean Debruynne sur le faire et l'être : " Que devons-nous faire? Bien sûr c'est la question que tout le monde se pose. Mais est-ce bien la bonne question? Ce qu'il faut faire, la publicité vous le dit, le discours politique vous l'assène, la télé le pense pour vous, les lois le décident à votre place…Si vous ne savez pas ce qu'il faut faire, téléphonez aux numéros verts, interrogez internet ou consultez votre minitel. Mais si c'est d'être qui vous intéresse, et pas seulement de faire, alors il est temps de distinguer entre la paille et le grain. Vous trouverez toujours quelqu'un pour vous dire ce qu'il faut faire. Vous seul saurez qui vous êtes vraiment ".

Bonne réflexion!

Raymond Gravel, ptre
Diocèse de Joliette

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