Depuis le début de l'Avent, on se prépare à célébrer Noël, car Noël s'actualise à chaque année, c'est-à-dire que nous avons à faire renaître le Christ dans nos vies. Voilà la Bonne Nouvelle de Noël : l'annonce de la naissance du Christ de Pâques. Mais ce n'est pas tout d'écouter et de recevoir la Bonne Nouvelle : il faut encore se lever et aller l'annoncer, comme Marie, l'Église, symbole de la nouvelle Alliance, le fait dans l'évangile d'aujourd'hui auprès d'Élisabeth, femme du prêtre Zacharie, symbole de l'ancienne Alliance, pour recevoir la confirmation de sa mission. Sans quoi pas de naissance, pas de Verbe fait chair. Que nous disent les textes bibliques de ce dimanche?
1. Une longue attente (Mi 5,1-4a) : Il y a longtemps qu'on attendait un Messie, un libérateur, un sauveur. Déjà, au 8è siècle avant le Christ, le prophète Michée, contemporain d'Isaïe, voyant les graves injustices sociales de son temps, commises par des rois plus corrompus les uns que les autres, ce prophète annonce la destruction de Jérusalem. Il y aura un temps difficile où on dira que Dieu a abandonné son peuple…mais il n'en sera rien : " Après un temps de délaissement, viendra un jour où enfantera celle qui doit enfanter, et ceux de ses frères qui resteront rejoindront les enfants d'Israël " (Mi 5,2).
Michée est tellement déçu de la royauté en Israël qu'il n'ose même pas employer le terme de roi pour annoncer celui qui doit venir. Et, en évoquant celle qui doit enfanter, comme l'a fait Isaïe avant lui : " Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel " (Is 7,14), Michée fait allusion au prestige de la reine mère en Israël, comme dans les cours de l'ancien Orient. C'est sous l'influence de ces 2 prophètes que saint Luc, dans son récit d'enfance, dans l'extrait que nous avons aujourd'hui, témoigne de sa vénération de Marie, mère du Messie, comme l'indique Élisabeth : " Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi? " (Lc 1,43). Comme le mot Seigneur a été utilisé après Pâques, dans la bouche d'Élisabeth, ça veut dire que Marie est mère du Messie, du Christ ressuscité, car c'est après Pâques que Jésus a été reconnu comme tel.
Par ailleurs, l'attente du Messie fut tellement longue que, du 8è siècle avant le Christ jusqu'au 1er siècle après, rien ne s'était passé. On l'a cru souvent arriver ce Messie, mais ce fut toujours de courte durée. Par des guerres successives, le peuple d'Israël a été opprimé et sa terre toujours occupée par des étrangers. Mais voilà qu'après la mort de Jésus sur la croix du Vendredi Saint, des femmes et des hommes, ses disciples qui l'avaient suivi et accompagné, prennent conscience peu à peu que les promesses des prophètes de l'ancienne Alliance sont maintenant réalisées. Ce Jésus qu'on a vu mourir, Dieu l'a ressuscité. Il l'a fait Christ et Seigneur, et le sacrifice de sa vie vient sceller une nouvelle Alliance entre Dieu et son peuple.
2. Une révolution (Hb 10,5-10) : Dans l'ancienne Alliance, on offrait sans cesse des sacrifices et des holocaustes à Dieu pour expier ses péchés. Mais c'était toujours à recommencer. C'est pourquoi, l'auteur anonyme de la lettre aux Hébreux écrit : " Le Christ commence donc par dire : tu n'as pas voulu ni accepté les sacrifices et les offrandes, les holocaustes et les expiations pour le péché que la Loi prescrit d'offrir " (Hb 10,8). Et il continue : " Puis il déclare : Me voici, je suis venu pour faire ta volonté. Ainsi, il supprime l'ancien culte pour établir le nouveau " (Hb 10,9).
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Alors, la question qu'on doit se poser : Comment se fait-il que dans l'Église actuelle, on ait rétabli l'ancien culte dans la célébration du Saint Sacrifice de la Messe? Et pire encore, puisque dans l'ancien culte, on le faisait une fois par année, tandis que certains prêtres d'aujourd'hui le font tous les jours, même lorsqu'ils célèbrent seul face à une armoire.
Et pourtant, l'auteur de la lettre aux Hébreux le dit clairement : " Et c'est par cette volonté de Dieu que nous sommes sanctifiés, grâce à l'offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes " (Hb 10,10). Donc, la Messe ne peut être une répétition du sacrifice de la croix. Elle n'a de sens que si elle est célébration de Pâques, c'est-à-dire une fête communautaire où on célèbre la Vie du Ressuscité. Lorsque le Christ nous dit : Faites ceci en mémoire de moi, il veut que nous donnions notre vie aux autres comme lui nous a donné la sienne. Ce n'est pas la flagellation et la crucifixion qu'on doit célébrer, mais sa vie de Ressuscité. C'est la mission qui nous est confiée.
3. Une mission (Lc 1,39-45) : Aussitôt que Marie, l'Église, a su qu'elle portait le Christ en elle, sa mission a commencé. Celle-ci s'exprime par la route : " Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée " (Lc 1,39). Si on porte le Christ en nous, c'est pour le donner aux autres. En même temps, on a besoin d'être confirmé dans notre mission : " Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth " (Lc 1,40). Zacharie est un prêtre de l'ancienne Alliance et Élisabeth porte elle-même le dernier des prophètes qui réagit favorablement, dans le sein de sa mère, à l'arrivée de Marie : " Quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie de l'Esprit Saint " (Lc 1,41). Ce fut la confirmation de la nouvelle Alliance par l'ancienne Alliance : " Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni " (Lc 1,42).
Comme le dit bien l'exégète français Claude Tassin : " L'épisode de la Visitation ne se réduit pas à une leçon de service donnée par la mère du Messie. Car cette page de Luc a une haute portée symbolique : Marie, la jeune Église, habitée par le Christ, se porte à la rencontre du vieil Israël, Élisabeth, habitée par le dernier des prophètes. Marie voit son annonciation confirmée par Élisabeth; l'Église voit sa mission confirmée par Israël, son aînée ". Lorsque Élisabeth énonce la béatitude : " Heureuse, celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur " (Lc 1,45), un peu plus loin dans l'évangile de Luc, cette béatitude s'applique à tous les chrétiens : " Heureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique " (Lc 11,28).
En cela, dit Tassin, la Visitation nous concerne toutes et tous : " Toute personne chrétienne et toute Église sont enceintes de la présence du Christ à donner au monde ". C'est aussi la mission des chrétiens de porter aux non-croyants la présence du Christ ressuscité. Voilà le sens de la fête de Noël que nous célébrerons cette semaine…Sommes-nous enceintes du Christ? Sommes-nous prêts à signifier sa présence au monde d'aujourd'hui? Sommes-nous prêts à accoucher?
Bonne réflexion!
Raymond Gravel, ptre
Diocèse de Joliette
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