NOUS SOMMES LA FAMILLE DU RESSUSCITÉ...

Dimanche, le 27 décembre 2009
Réf. Bibliques :
2è lecture : 1 Jn 3,1-2.21-24
Évangile : Lc 2,41-52
par Raymond Gravel, prêtre

Lorsqu'on dit que la fête de la Sainte Famille a été instaurée par le pape Léon XIII à la fin du 19è siècle et étendue à l'Église universelle par le pape Benoît XV en 1921, pour suggérer un modèle de famille à imiter, je me demande en quoi la famille de Jésus, présentée par Luc, est-elle un modèle pour les familles d'hier et d'aujourd'hui? Y'avait même un prédicateur, au début du 20è siècle qui s'était laissé emporter par le sujet en disant : " Suivez le modèle de la Sainte Famille! Ayez de nombreux enfants ". À l'époque où on avait 12, 15 et même 20 enfants, c'est un tour de force que de présenter la famille de Jésus comme le modèle par excellence pour les grosses familles. Mais vous savez, dans l'Église, on n'est pas à une contradiction près…Mais pourquoi cette fête? Et quel est le but de saint Luc de nous parler de la famille de Jésus?

1. Tout est Pâques : Au tout début de l'Église, comme le dit bien le dominicain Léon Paillot, on ne célébrait que la fête de Pâques, et ce, toutes les semaines et même à chaque jour. C'était Pâques tous les jours. Cependant, lorsque le christianisme est devenu religion d'État au temps de l'empereur romain Constantin, au 4è siècle, la curiosité populaire a forgé des légendes qu'on trouve dans les évangiles apocryphes, concernant l'enfance de Jésus, méconnue par les évangélistes eux-mêmes, mais que la dévotion populaire a su développer jusqu'à nos jours et plus particulièrement au cours du 17è siècle. On a donc fait une relecture matérialiste et fondamentaliste des évangiles, auxquelles on a ajouté des histoires provenant des apocryphes pour essayer de dire quelque chose sur Jésus de Nazareth, dans sa vie de tous les jours.

Mais attention! Cette façon de faire est doublement dangereuse : d'une part, à trop vouloir composer une histoire humaine à ce Jésus devenu Christ et Seigneur à Pâques, par une interprétation littérale des évangiles et en y insérant des histoires souvent farfelues des récits apocryphes, on a fini par déshumaniser complètement le Jésus historique : qu'on pense à sa conception, à sa naissance, à ses miracles, à sa connaissance et à sa perfection. Et d'autre part, en matérialisant les récits évangéliques, on a fini par le faire disparaître complètement de nos vies. Comment peut-il être vivant et présent aujourd'hui, si, après sa résurrection, Jésus de Nazareth, revenu à la vie comme avant, a continué de marcher, de parler, de manger et de partager avec ses disciples, comme avant sa mort?

Prenons le récit évangélique de saint Luc d'aujourd'hui : Léon Paillot écrit : " Il est évidemment tentant de chercher dans ce récit de l'escapade de Jésus au Temple, lors de sa montée à Jérusalem avec ses parents pour la Pâque, à l'âge de 12 ans, des leçons sur la famille de Jésus, Marie et Joseph. Or ce n'est pas le projet de Luc, il ne fait pas de la petite histoire; son récit n'est pas un reportage. Il a un projet autrement plus important : il s'agit pour lui, en deux chapitres, de présenter les grands thèmes de la bonne nouvelle qu'il se charge d'annoncer aux premières communautés chrétiennes, et à nous aujourd'hui. Luc, d'ailleurs, ne savait probablement rien de l'enfance de Jésus ". Alors, que vient faire ce récit?

2. Une annonce de Pâques : Au chapitre 2 de l'évangile de Luc, on y lit 2 montées successives de Jésus au Temple de Jérusalem. La 1ère, au moment de sa présentation et de sa circoncision (Lc 2,22-39), où la mère devait être purifiée selon la Loi de Moïse, et la 2è, à l'âge de 12 ans (bar-mitzvah) où l'adolescent devient fils de la Loi de Moïse (Lc 2,41-52). Dans ces 2 récits qui se suivent, saint Luc nous parle déjà du Christ de Pâques. Sa seule référence à l'histoire, c'est celle de l'application de la Loi juive. Tout le reste est de la théologie.

Lors de la 1ère montée à Jérusalem, saint Luc témoigne déjà de la confirmation de la Nouvelle Alliance par l'Ancienne Alliance : un vieillard, Syméon, un prophète qui attendait la consolation d'Israël, c'est-à-dire son salut, le Messie : " Il lui avait été révélé par l'Esprit Saint qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir vu le Christ du Seigneur " (Lc 2,26). Les parents de Jésus sont étonnés de ce que dit Syméon de l'enfant. D'ailleurs, le vieillard prend l'enfant des bras de sa mère, ce qui signifie qu'il ne lui appartient pas, puisqu'il est déjà lumière pour le monde entier : " Car mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé face à tous les peuples : lumière pour la révélation aux païens et gloire d'Israël ton peuple " (Lc 2,30-32).

Lors de la 2è montée à Jérusalem, celle d'aujourd'hui, au moment de la Pâque, à l'occasion de ses 12 ans, les parents de Jésus sont encore étonnés et ne comprennent pas la mission de leur fils : " En le voyant, ils furent frappés d'étonnement et sa mère lui dit : Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous? Vois, ton père et moi, nous te cherchons tout angoissés " (Lc 2,48). Cette 2è montée annonce, dans l'esprit de Luc, la dernière, c'est-à-dire Pâques, la mort résurrection du Christ. On y retrouve plusieurs éléments qu'on peut mettre en parallèle :

a) Jésus est dans le Temple avec les maîtres de la Loi; il les écoute et les interroge (Lc 2,46). Eux sont impressionnés de son intelligence (Lc 2,47). À sa dernière Pâque, Jésus est aussi dans le Temple, mais cette fois, les maîtres de la Loi veulent s'en débarrasser : " Il était chaque jour à enseigner dans le Temple. Les grands prêtres et les scribes cherchaient à le faire périr " (Lc 19,47).

b) Il a fallu 3 jours pour que Marie et Joseph puissent retrouver Jésus (Lc 2,46). Et, au bout de 3 jours, sa réponse à Marie est : " Pourquoi donc me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas qu'il me faut être chez mon Père? " (Lc 2,49). 3 jours après la mort de Jésus, les femmes arrivent au tombeau et voient 2 hommes en vêtements éblouissants qui leur disent : " Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts? Il n'est pas ici, mais il est ressuscité " (Lc 24,5-6a).

3. La famille du Christ : C'est évident que Jésus de Nazareth a sûrement eu une famille humaine comme les nôtres. Comment aurait-il pu devenir homme sans naître dans une famille? Cependant, le but de l'évangéliste Luc n'est pas de nous retracer sa famille humaine; il n'en sait rien. Il dira même un peu plus loin dans son évangile : " Sa mère et ses frères arrivèrent près de lui, mais ils ne pouvaient le rejoindre à cause de la foule. On lui annonça : ta mère et tes frères se tiennent dehors; ils veulent te voir. Il leur répondit : Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique " (Lc 8,19-21).

La 1ère lettre de saint Jean que nous avons aujourd'hui, en 2è lecture, nous dit clairement que nous sommes tous et toutes enfants de Dieu, à cause de l'Amour : " Voyez comme il est grand, l'amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu, et nous le sommes " (1 Jn 3,1a). Donc, si Jésus était Fils de Dieu, nous sommes de la même famille que lui. La seule condition est la suivante : " Avoir foi en son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l'a commandé " (1 Jn 3,23). Il n'y a rien d'autre à faire; seul l'Amour peut nous rendre semblables au Christ et nous insérer dans sa famille : " Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu'il est " (1 Jn 3,2).

En terminant, saint Augustin disait : " Toute notre vie, il nous faut chercher Dieu et lorsqu'on l'a trouvé, il nous faut le chercher encore ". L'exégète français Jean Debruynne, commentant l'évangile d'aujourd'hui, dit ceci : " Comment se fait-il que vous m'ayez cherché? Il s'agit de la fugue de Jésus durant le pèlerinage à Jérusalem. C'est aux reproches de ses parents que Jésus répond : Comment se fait-il que vous m'ayez cherché? Alors que tout le monde voudrait bien pouvoir s'emparer de la foi comme d'une réponse, Jésus dépossède les croyants et fait de la foi une question, dont d'ailleurs il n'apporte pas la réponse. Comment se fait-il que vous m'ayez cherché? C'est à chacun de répondre. En tout cas ne comptez pas sur Dieu pour répondre à votre place ".

Bonne réflexion!

Raymond Gravel, ptre
Animateur spirituel des Pompiers de Montréal
et des Policiers de Laval
Diocèse de Joliette

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