En ce 1er jour de l'année 2010, en célébrant Marie, Mère de Dieu, nous célébrons l'Église que nous sommes et qui portent en elle, le Christ, le Sauveur de l'humanité. En même temps, si l'Église est mère de Dieu, ça veut dire qu'elle doit nécessairement témoigner de ce Dieu de Paix et d'Amour qu'elle a pour mission d'annoncer. Et les premiers missionnaires de l'Évangile ne sont pas des prêtres et des savants; ce sont les bergers, ceux qu'on marginalise et que, trop souvent, on exclut : " Après avoir vu l'enfant, couché dans une mangeoire, les bergers racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant " (Lc 2,17). Et ils sont tellement convaincants que saint Luc ajoute : " Et tout le monde s'étonnait de ce que racontaient les bergers " (Lc 2,18). Et plus encore : " Marie l'Église, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur " (Lc 2,19). Alors, les questions qu'on doit se poser aujourd'hui sont : 1. Qui sont les bergers d'aujourd'hui? 2. Qu'ont-ils à annoncer? 3. Quels vœux formuler en ce 1er jour de l'année 2010?
1. Les bergers d'aujourd'hui : Au temps de saint Luc, les bergers étaient considérés comme des anawims, des pauvres, des sans-loi, des marginaux, des blessés de la vie. Personne en autorité, ne se préoccupait de ce qu'ils pouvaient dire. C'est pourtant à eux, les premiers, au soir de Noël, que l'ange du Seigneur annonce la naissance du Christ le Seigneur : " Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur " (Lc 2,10-11).
Ça veut dire quelque chose : Dieu a un faible pour les petits et les mal aimés. Ils sont les premiers à qui il veut s'identifier. Aujourd'hui, qui sont-ils ces bergers? Ils sont encore nombreux dans notre société et dans notre Église…Je voudrais m'attarder sur l'un d'eux : À Noël, j'ai reçu un courriel d'un homosexuel chrétien qui témoigne de sa souffrance par rapport à l'Église. Il a longtemps refusé ce qu'il était jusqu'à se marier avec une femme pour ne pas assumer ce qu'il était vraiment. Avec l'aide de quelqu'un, il a cheminé, et comme croyant, il a découvert le chemin de la liberté. Il écrit : " Sur ce chemin, Jésus est mon guide et je suis fasciné par son étonnante et totale liberté. N'a-t-il pas dit : La vérité vous rendra libre (Jn 8,32). Et la vérité, c'est que je n'ai pas choisi d'être homosexuel. Le choix que j'ai fait, par contre, c'est de vivre chrétiennement mon homosexualité. Vivre dans cette vérité me donne la liberté d'aimer ".
Mais là où le bât blesse, écrit-il, c'est : " La loi et les règles de mon Église ainsi que l'attitude de ses dirigeants qui s'obstinent à ne pas adapter, aux réalités nouvelles, la doctrine qui prend le dessus sur la personne. C'est pourtant ce que Jésus est venu nous apprendre, lui qui a mangé avec les pécheurs, relevé les prostituées, accueilli les exclus, guéri les blessés de la vie, pardonné et aimé inconditionnellement… J'ai donc très peu d'attentes face à mon Église qui dit m'accueillir avec respect et délicatesse tout en condamnant mon homosexualité comme un péché grave, un acte intrinsèquement immoral et une tendance objectivement désordonnée ". Et il ajoute : " Quel souffle de santé et de vérité si l'Église se mettait à l'écoute du cœur des gais et des lesbiennes et d'une parole qui vient de Dieu, celle de la liberté de l'Évangile, plutôt que celle dictée par la peur et la culpabilité! C'est l'humain en quête de Dieu qui l'interpelle, l'humain gai qui déplore que ce n'est pas catholique d'être gai tout comme ce n'est pas gai d'être catholique ".
En lisant ce témoignage de foi, d'amour et d'espérance, j'y ai reconnu un berger missionnaire d'aujourd'hui. J'ose espérer que Marie, l'Église, retiendra tous ces événements et les méditera dans son cœur. Sinon, le Christ sera né pour rien…et ce n'est pas le but de l'Évangile.
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2. L'annonce d'une Bonne Nouvelle : Le message de l'évangile est un message d'espérance qui rend libre. Aujourd'hui, le message s'adresse aux femmes et aux hommes de notre temps, avec leur histoire, leur réalité et leurs souffrances. Pour que ce message soit une bonne nouvelle, il doit être neuf et non pas une répétition du passé, ce qui signifierait qu'il n'a pu s'adapter aux réalités nouvelles de notre monde. Comme je le dis et redis souvent : Si la Parole de Dieu est vivante, elle doit nécessairement annoncer de la nouveauté; sinon, elle n'est que lettre morte.
S'il est vrai, comme le dit saint Paul, dans sa lettre aux Galates, dont nous avons un extrait aujourd'hui, que nous sommes tous et toutes des fils et des filles de Dieu, parce qu'habités de l'Esprit de Christ, et que la preuve en est de notre désir d'appeler Dieu : Abba! (Ga 4,6), ce n'est donc pas aux dirigeants de l'Église de décider qui peut et qui doit être libéré : " Ainsi tu n'es plus esclave, mais fils, et comme fils, tu es héritier par la grâce de Dieu " (Ga 4,7).
3. Vœux pour 2010 : En utilisant cette belle formule de bénédiction du livre des Nombres que nous avons en 1ère lecture ce dimanche, quels vœux peut-on formuler aux femmes et aux hommes d'aujourd'hui, en ce 1er jour de l'année nouvelle? Pour ce faire, je voudrais m'inspirer du dominicain Léon Paillot :
" Que le Seigneur te bénisse et te garde! " (Nb 6,24) : Bénir, en latin signifie : dire du bien, mais il y a plus. Le mot bénédiction a une origine arabe qui se réfère à la force vitale des organes sexuels. Il y a donc une idée de fécondité dans le mot, un accroissement de la vie, non seulement en quantité et en longueur, mais également en qualité…ce qui veut dire que toute personne à qui s'adresse la bénédiction de Dieu a droit à sa dignité…En bénissant, nous sommes responsables de la vie de l'autre, de sa qualité de vie, de sa dignité. La bénédiction suppose donc : la justice, l'égalité, la tolérance, l'accueil de nos différences, le partage et l'amour. Sans cela, la bénédiction de Dieu reste inopérante, car Dieu a besoin de nous pour bénir.
" Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu'il se penche vers toi! " (Nb 6,25) : Ce n'est rien d'autre que d'être visage de Dieu pour les autres, c'est-à-dire un visage d'amour, de bienveillance, de tendresse…un visage souriant qui fait du bien à regarder. Ça fait espérer un avenir meilleur.
" Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu'il t'apporte la paix! " (Nb 6,26) : C'est tout le contraire de la haine, de la colère et de la violence qui fait qu'on se détourne de l'autre. Ce vœu suppose donc le pardon et la réconciliation… ça favorise la paix qui est l'absence de guerre et de conflit bien sûr, mais il y a plus que ça : la paix biblique, le shalom, c'est l'harmonie avec soi-même et les autres…ce qui veut dire construire un monde où il n'y a plus d'exclusion, d'exploitation, de mépris et de vengeance. Encore une fois, Dieu ne peut le faire sans nous. Nous avons donc la responsabilité de construire ce monde meilleur.
En terminant, si nous n'avons pas le désir de nous engager dans ce que nous demandons au Seigneur, en ce 1er jour de l'année 2010, les formules de vœux et de bénédiction auront beau être les plus belles qui soient, ce ne sera que des vœux pieux qui n'auront aucun effet sur nous-mêmes et sur les autres. Si nous prenons simplement conscience de notre responsabilité dans les bénédictions que nous offrons, c'est un pas assuré vers la réalisation de nos demandes.
Bonne Année 2010!
Bonne réflexion!
Raymond Gravel, ptre
Animateur spirituel des Pompiers de Montréal et des Policiers de Laval
Diocèse de Joliette
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