Dans mon bureau jadis, il y avait au mur une plaque qui portait l'inscription suivante : le hasard est un manteau dont se revêt Dieu pour mieux passer inaperçu. Est-ce si vrai que cela? Si le Dieu des philosophes est la cause première de tout, le rôle de ce Dieu semble s'arrêter là. Dans les faits ce qui existe c'est un monde autonome avec un enchevêtrement de forces, les unes physiques les autres morales. Ce qui existe vraiment c'est l'événement. Face à l'homme, il y a l'événement. Dans l'enchaînement constant des événements, tout provient du hasard devenu nécessité par le libre jeu organisé des forces physiques ou autres. Et quand ce n'est pas le jeu du hasard, existe alors le projet mis en œuvre par l'homme. Et je laisse parler ici François Varone : " Il n'y a pas un Sens global, une Providence, une Pensée qui dirige le tout, il n'y a que cette immense et incessant enchevêtrement de hasards et de libertés, de forces aveugles et de projets humains. Il n'y a pas d'autres sens que ceux que l'homme peut, petit à petit, arracher ou imposer à la réalité, en fonction de son désir de vivre et de ses besoins. " (in Ce Dieu absent qui fait problème. p.84)
Au cours de l'Histoire, les hommes ont élaboré des rites et des systèmes religieux dans le but d'influer sur Dieu afin que ce dernier puisse inter-venir dans l'événement en faveur de l'homme. Le Dieu de ces religieux devait se montrer provident. Pour ces mêmes religieux, l'événement est considéré comme un instrument de l'intervention directe de Dieu dans le cours de l'histoire. Est-ce si vrai que cela? Il ne faut pas s'étonner qu'une telle croyance en la Providence ait engendré tant de révoltes et d' athéismes devant les drames des innocentes victimes surtout. Une telle malcroyance, qui a pour but de faire valoir Dieu, ne tient pas la route. Ou bien l'homme est soumis à un plan préétabli qu il doit exécuter en automate, obéissant à des ordres divins dans le but de recevoir des mérites ou bien des compensations. Dans le cas contraire, il sera en situation de dé-mérite et de possible punition. Ou encore, s'il traverse une épreuve c'est en vue d'un bien supérieur qu'il doit espérer et attendre dans la soumission.
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Que dit la Foi de l'Évangile? Le Dieu de la foi chrétienne n'est ni le Dieu totalement absent des athées ni le Dieu totalement contrôlant des religieux du paganisme. L'Homme est seul face au déroulement incessant des événements, seul face à l'autonomie du monde. L'Homme y fait son bonheur en l'utilisant et en le maîtrisant. Dieu, tout en n'étant pas indifférent à ce qui se déroule dans l'événement, le laisse exister sans intervenir ni pour empêcher ni pour réparer. L'événement n'est donc pas signe de Dieu pour avertir ou pour punir. Dieu n'est ni absent ni contrôlant, il est proche partenaire.
Le seul signe de Dieu dans le monde est venu dans la personne du Christ, dont la présence a été espérée depuis Abraham et tous les croyants bibliques et maintenant rendue visible au sein de l'Église et des Sacrements. En Jésus, Dieu est inter-venu comme une puissance de vie pour l'Homme qui lui, demeure seul pour agir ou subir l'événement. C'est face à l'événement que l'Homme exerce sa liberté, ses responsabilités. Quand le religieux en régime païen voit dans le malheur des punitions ou des remontrances providentielles, le croyant voit dans le malheur rien de permis, mais des séquelles de l'autonomie de ce monde.
En conclusion, le croyant en refusant d'être objet des hasards, en rejetant le rôle d'exécuteur prétendu en régime païen, devient donc créateur d'existence et de sens. En agissant en être de précarité sur l'événement pour épanouir son existence , l'Homme devient donc co-créateur, véritable fils de Dieu. Et devant cet Homme, Dieu n'est ni jaloux ni mesquin mais plutôt partenaire dans le Signe du Christ pour le conduire enfin ou à la fin, à la plénitude de la vie, à la pleine stature du Christ.
Bonne réflexion!
Gervais Majeau, ptre
Diocèse de Joliette
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