Dans les 3 lectures bibliques d'aujourd'hui, nous rencontrons 3 hommes, avec leurs limites, leurs pauvretés, leurs imperfections et leur finitude, qui font une telle expérience de Dieu qu'ils sont transformés pour devenir prophètes, messagers d'espérance, missionnaires d'évangile : Isaïe, l'homme aux lèvres impures (1ère lecture), Paul, le persécuteur, chargé de transmettre ce qu'il a reçu (2è lecture), et Simon Pierre, sur le bord du lac de Galilée, conscient de sa faiblesse, appelé à tout laisser pour suivre le Christ. Tous les 3, s'appuyant sur le Seigneur, répondent dans la foi : "Envoie-moi!". Pour nous aujourd'hui, qui relisons ces témoignages de foi, que nous disent-ils? À quoi nous engagent-ils? Quelle est notre mission?
1. L'expérience de Dieu : On ne devient pas prophète ou missionnaire comme on devient électricien ou mécanicien. Dans la foi, ce qui précède tout engagement, c'est la rencontre de Dieu. Mais attention! Il n'y a pas qu'une seule façon de rencontrer Dieu. Il y a autant d'expériences qu'il y a d'humains. L'expérience d'Isaïe, l'aristocrate de la cour du roi est différente de celle de Paul et encore plus de celle de Pierre. Mais les 3 rencontrent Dieu, sont transformés par cette expérience, et deviennent prophètes, messagers, missionnaires, apôtres.
En 1ère lecture aujourd'hui, Isaïe, en 740 avant notre ère : «L'année de la mort du roi Ozias» (Is 6,1a), lors d'une célébration liturgique à grand déploiement au temple de Jérusalem, rencontre le Dieu 3 fois saint, le Dieu Tout autre, dans sa majesté et dans sa royauté. À travers le roi assis sur son trône, Isaïe reconnaît le Dieu d'Israël : «Je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé; les pans de son manteau remplissaient le Temple» (Is 6,1b). Il s'agit bien d'une célébration : des anges avec trompettes ornent le temple : «Des séraphins se tenaient au-dessus de lui» (Is 6,2), et des voix de chœur s'élèvent : «Ils se criaient l'un à l'autre : Saint! Saint! Saint, le Seigneur Dieu de l'univers. Toute la terre est remplie de sa gloire» (Is 6,3). Les instruments musicaux font vibrer les portes et l'encens est abondant : «Les pivots des portes se mirent à trembler à la voix de celui qui criait, et le Temple se remplissait de fumée» (Is 6,4).
En 2è lecture, l'apôtre Paul nous dit que le Christ lui est apparu (1 Co 15,8). Comment s'est faite cette rencontre? Il est difficile de la décrire dans sa matérialité, puisqu'elle nous est racontée 3 fois avec des variantes importantes. Mais une chose est certaine : c'est sur la route de Damas où Saül se rendait pour arrêter des chrétiens et les traduire en justice, qu'une lumière intense l'a éblouit, à un point tel qu'il en a perdu la vue et qu'il a reconnu le Christ qui l'interpellait. Son expérience a été soudaine et renversante. Dans le film, La dernière tentation du Christ de Martin Scorcese, la rencontre de Paul le prêcheur et de Jésus devenu vieux fait réfléchir sur la réalité de toutes les expériences de Dieu. Ces expériences n'ont sans doute rien de matériel, mais ça n'enlève rien à la vérité de leur réalité. Dans le film, Paul dit à Jésus : «Peu importe que tu sois ressuscité ou pas, ta résurrection est tellement nécessaire pour les gens que si elle n'était pas vraie, il faudrait l'inventer». (Comprenne qui peut comprendre).
Dans l'évangile de Luc, on voit Pierre, Jacques et Jean qui, au cœur de leur quotidien, ont peiné toute la nuit sans succès. Après avoir écouté l'enseignement de Jésus, Simon a répondu avec confiance à l'invitation du Christ : «Avance au large, et jetez les filets pour prendre du poisson» (Lc 5,4). L'expérience de ces 3 hommes ressemble beaucoup aux nôtres. Combien de fois nous arrive-t-il de rencontrer une personne qui nous inspire confiance, d'entendre une parole, d'écouter un message qui nous transforme et qui change le cours de notre existence? C'est souvent dans le quotidien de nos vies, dans les situations difficiles ou désespérées que nous rencontrons le Christ, que nous faisons l'expérience de Dieu. Rappelons-nous l'ancien évêque de Recife au Brésil, décédé il y a un peu plus de 10 ans, qui avait choisi de vivre, non pas dans son palais épiscopal, mais avec les pauvres, car pour lui, le pauvre est sacrement de la présence réelle du Christ. Jacques Lison, dans le Prions en Église de ce dimanche en fait l'éloge. Il écrit : «Devant une communauté scandalisée par le vol d'un ciboire, Helder Camara s'écria un jour : Comme nous sommes tous aveugles! Nous sommes choqués parce que notre frère, ce pauvre voleur, a jeté les hosties dans la boue. Mais dans la boue vit le Christ tous les jours chez nous, au Nordeste. Il nous faut ouvrir les yeux!»
2. Notre finitude humaine : Il ne nous est pas demandé d'être des sur-hommes ou des sur-femmes pour devenir prophètes, messagers d'espérance, porte-parole de Dieu, missionnaires d'évangile. C'est dans notre humanité avec nos fragilités, nos pauvretés et nos limites que Dieu nous invite à nous engager à une mission qui nous dépasse, mais une mission qu'il nous est possible d'accomplir et de réaliser.
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En 1ère lecture aujourd'hui, Isaïe est conscient de sa fragilité : «Malheur à moi! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures» (Is 6,5a), ce qui veut dire en langage de l'époque : Je n'ai rien de divin... Je ne suis qu'un homme. Et c'est dans son humanité qu'Isaïe entend l'appel et veut y répondre : «J'entendis alors la voix du Seigneur qui disait : Qui enverrai-je? Qui sera notre messager? Et j'ai répondu : Moi, je serai ton messager : envoie-moi» (Is 6,8).
En 2è lecture, saint Paul se décrit comme un avorton : «Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l'avorton que je suis» (1 Co 15,8). Il se décrit comme le plus petit des Apôtres, indigne de l'être, parce qu'il était persécuteur de l'Église de Dieu (1 Co 15,9). Mais c'est lui que Dieu a appelé pour devenir missionnaire de l'évangile auprès des nations, des païens. Et saint Paul l'a été jusqu'à sa mort, parce que transformé par la grâce de Dieu (1 Co 15,11).
Dans l'évangile, Simon Pierre est lui aussi conscient de sa petitesse et de sa fragilité : «Simon Pierre tomba aux pieds de Jésus, en disant : Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur» (Lc 5,8). Mais c'est aussi à lui, cet homme imparfait que le Christ dit : «Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras» (Lc 5,10b).
3. Une mission divine : Après avoir rencontré Dieu, après l'avoir reconnu, après avoir accepté notre humanité, nous devenons capables de réaliser la mission divine qui nous est confiée. Cette mission consiste à transformer le monde, à l'humaniser, à le rendre meilleur. Ce n'est pas une mission facile. Elle comporte bien des ratés et bien des échecs…Mais c'est une mission possible et nécessaire, si nous voulons vivre et survivre.
Isaïe a connu des échecs. Il a vécu la guerre la plus terrible de son époque entre Israël, le Royaume du Nord, en alliance avec l'Assyrie et Juda le Royaume du Sud…une guerre entre frères d'un même pays. Par ailleurs, son prophétisme a permis au peuple de garder l'espérance et de passer au travers cette dure épreuve. Ça lui a permis de survivre.
Saint Paul aussi a connu des échecs. Il a fondé plusieurs communautés. Il a dû, à maintes reprises, leur écrire des lettres pour leur rappeler l'Évangile, la Bonne Nouvelle du salut : «Vous serez sauvés par lui si vous le gardez tel que je vous l'ai annoncé; autrement, c'est pour rien que vous êtes devenus croyants» (1 Co 15,2). C'est aussi de façon tragique qu'il est mort. Comme citoyen romain, il fut décapité, sous l'empereur Néron, vers 67 de notre ère. Par ailleurs, son enseignement est encore très pertinent de nos jours : il nous ramène à l'essence de notre foi.
Pierre et ses compagnons ont eux aussi travaillé à rendre le monde meilleur. Ces apôtres sont encore pour nous des modèles d'engagement pour annoncer l'évangile à tous et à toutes sans exception. Et même s'ils ont tous fini martyrs, leurs témoignages de foi, d'espérance et d'amour demeurent vivants pour l'Église de notre temps.
Pour nous chrétiens et chrétiennes du 21è siècle, il y a un message que l'évangile de Luc nous laisse aujourd'hui : c'est un message de confiance et d'espérance. Avec l'appel de Simon à jeter les filets, malgré une nuit sans rien prendre, il y a comme une invitation à ne jamais désespérer, une sorte de refus de résignation. Pour remplir la mission divine qui nous est confiée, il ne faut jamais se résigner et baisser les bras.
En terminant, voici ce qu'écrit l'exégète français Jean Debruynne là-dessus : «Ne connaissez-vous jamais cette nuit? Cette nuit longue, aride, stérile, solitaire et qui n'en finit pas? Ne vivez-vous jamais ces nuits du cœur, ces nuits de la vie où rien ne vient, où rien n'arrive jamais, où il n'y a rien d'autre à attraper que le rien, le vide et toujours la même absence? Aujourd'hui Jésus vous dit que ces nuits-là ne sont pas sans issue. Jésus est celui qui passe la nuit. On ne le voit qu'au petit jour, comme s'il arrivait par hasard au moment où on ne l'attendait plus. Jésus, c'est le nom de l'espérance quand il n'y a plus d'espérance. Jésus, c'est la chance de ceux qui n'ont pas eu de chance. Jésus, c'est la réussite de ceux qui ont tout raté. Jésus, c'est la victoire contre l'échec. C'est la vie contre la résignation. Car attention! Ne prenez pas Jésus pour un lot de consolation! Jésus n'est pas une roue de secours ou un mouchoir pour pleurer. Jésus, c'est l'abondance contre le manque. Jésus, c'est la barque trop pleine contre la barque trop vide. Jésus, c'est le jour contre la nuit. Jésus, c'est l'impossible quand tout ce qui est possible n'a pas marché. Et pourtant Jésus ne nous introduit ni dans le rêve ni dans l'illusion. Jésus se tient à ras de terre de nos réalités. L'espérance, la vraie, appartient à ceux qui n'ont plus d'espérance».
Bonne réflexion!
Raymond Gravel, ptre
Animateur spirituel des Pompiers de Montréal et des Policiers de Laval
Diocèse de Joliette
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