DIEU TIENT PAROLE: CONFIANCE!

Le 21 février 2010
Réf. Bibliques : 1ère lecture : Dt 26,4-10
2è lecture : Rm 10,8-13
Évangile : Lc 4,1-13
par Raymond Gravel, prêtre

En ce début de Carême de l'année de Luc, une conviction profonde habite les textes bibliques de ce jour : Nous sommes sauvés. Le Sauveur, c'est Dieu lui-même. C'est lui qui nous donne, pour vivre libres, une terre avec ses fruits (1ère lecture), sa Parole (2è lecture), une Parole qui s'accomplit à travers Jésus dans son humanité (évangile), qui s'actualise par nous, dans notre foi en la résurrection de Jésus, devenu Seigneur, Fils de Dieu, Sauveur (2è lecture et évangile). Nous sommes sauvés, mais nous avons à le croire, à faire confiance et à faire mémoire dans notre cœur (2è lecture) et dans nos célébrations (1ère lecture). En ce Carême 2010, où l'on dit que Dieu tient parole, que retenons-nous des textes bibliques qui nous sont proposés?

1. Humanité/Tentation : Si nous lisons bien les récits des tentations qu'on retrouve brièvement chez Marc, mais plus développés chez Matthieu et Luc, on se rend vite compte, qu'en étant homme ou femme, la tentation fait partie intégrante de notre humanité : l'avoir, c'est-à-dire la possession, le pouvoir, c'est-à-dire le contrôle et le savoir, c'est-à-dire le prestige. Pour ceux qui se scandalisent à l'idée que le Christ Jésus a connu lui aussi la tentation, saint Augustin nous dit : " Dans notre voyage ici-bas, notre vie ne peut pas échapper à l'épreuve de la tentation, car notre progrès se réalise par notre épreuve; personne ne se connaît soi-même sans avoir été éprouvé, ne peut être couronné sans avoir vaincu, ne peut vaincre sans avoir combattu, et ne peut combattre s'il n'a pas rencontré l'ennemi et les tentations. Si c'est dans le Christ que nous sommes tentés, c'est en lui que nous dominons le diable. Tu remarques que le Christ a été tenté, et tu ne remarques pas qu'il a vaincu? Reconnais que c'est toi qui es tenté en lui; et alors reconnais que c'est toi qui es vainqueur en lui. Il pouvait écarter de lui le diable; mais, s'il n'avait pas été tenté, il ne t'aurait pas enseigné, à toi qui dois être soumis à la tentation, comment on remporte la victoire ".

Donc, notre humanité, comme celle de Jésus, est marquée par la tentation, à cause de sa fragilité, sa vulnérabilité, sa finitude. L'évangile de Luc s'adresse à des chrétiens issus de Pâques. Luc est l'évangéliste de la persévérance. À travers l'épreuve de Jésus, c'est nous qui sommes tentés et invités par là à l'endurance dans le combat spirituel : " C'est par votre persévérance que vous gagnerez la vie " (Lc 21,19). Comme nous ne sommes pas seulement des êtres matériels, mais aussi des êtres spirituels, comme chrétiens, comme fils et filles de Dieu, c'est habités de l'Esprit que nous sommes, nous aussi, conduits au désert pour affronter le Diable, c'est-à-dire l'Adversaire, qui nous tire vers le bas : la possession, le pouvoir, le prestige, qui sont le lot de tout être humain. Par ailleurs, avec le Christ, nous sommes poussés vers le haut; nous sommes devenus capables de nous libérer : 1) par la dépossession : " Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre " (Lc 4,4); 2) par l'humilité et le service : " Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c'est lui seul que tu adoreras " (Lc 4,8); et par l'acceptation de notre humanité dans toute sa fragilité : " Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu " (Lc 4,12).

Malheureusement, il nous arrive souvent de succomber aux tentations; c'est très humain. Et c'est pourquoi, ce récit de Luc nous rappelle qu'il nous est possible avec Christ, de vaincre ces tentations qui font partie de notre réalité humaine et ce, jusqu'à la fin de notre vie : " Ayant épuisé toutes les formes de tentation, le démon s'éloigna de Jésus jusqu'au moment fixé " (Lc 4,13), c'est-à-dire qu'il va revenir au moment de la passion et de la mort sur la croix. Notre humanité est ainsi faite, mais n'oubliez surtout pas que le diable ou le démon ne doit pas être personnalisé comme un être hideux et perfide que les peintres ont voulu représenter au cours de l'histoire. L'Adversaire fait partie de nous : de nos soifs de posséder, de pouvoir et de savoir.

P.S. Remarquez que saint Luc inverse les 2 dernières tentations, si on le compare à Matthieu. Pourquoi? Tout simplement, pour finir à Jérusalem, car pour Luc, tout commence à Jérusalem et tout finit à Jérusalem, et c'est là à Jérusalem que le diable va l'attendre au moment de son dernier repas, à travers Judas, et à son arrestation au jardin de Gethsémani.

2. Divinité/Salut : Chez les chrétiens de tous les temps, il y a toujours ce dilemme entre l'humain et le divin. Tout au long du récit de la tentation, le diable s'adresse à l'être humain en sa qualité de fils ou de fille de Dieu : " Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain " (Lc 4,3); " Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas " (Lc 4,9). Aussi, n'est-ce pas en sa qualité de peuple de Dieu, qu'Israël a été tenté d'abandonner Dieu lorsqu'il a traversé le désert. En 1ère lecture aujourd'hui, l'auteur du livre du Deutéronome invite le peuple, par l'intermédiaire de Moïse, à faire mémoire, à se souvenir que c'est Dieu qui l'a libéré de l'esclavage d'Égypte (Dt 26,8) et qui lui a donné un pays ruisselant de lait et de miel (Dt 26,9).

En 2è lecture, saint Paul, dans sa lettre aux Romains, nous rappelle que le salut vient de Dieu, que sa Parole est dans notre bouche et dans notre cœur (Rm 10,8), et que, par l'intermédiaire de Jésus Christ, nous sommes sauvés, et même divinisés : " Si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur, si tu crois dans ton cœur que Dieu l'a ressuscité d'entre les morts, alors tu seras sauvé " (Rm 10,9). Et ce salut est offert à tous, sans exception et sans discrimination aucune : " Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n'y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l'invoquent " (Rm 10,12).

En terminant, je vous suggère ce billet du français Hyacinthe Vulliez, sur le récit de la tentation, comme un rendez-vous de Pâques : " Jésus, tenté par le démon! Vous n'y pensez pas, comment serait-ce possible? Ces tentations, des semblants, oui! Mais pas la réalité! Des histoires édifiantes pour rendre plus proche de nous celui qui est infiniment saint, pour nous aider à vivre dans la confiance, nous les humains si souvent en face à face avec les puissances du mal. Pourtant, les évangélistes sont formels : Jésus a été tenté comme tout homme, homme qu'il était lui-même, et il l'a été pour être Fils de Dieu, vraiment, pleinement, accomplissant la mission pour laquelle Dieu, son Père, l'a envoyé dans l'histoire de l'humanité. Comme le peuple hébreu a traversé les épreuves de la faim, des idoles et des prodiges pour être peuple de Dieu, lui Jésus se doit d'affronter les obstacles de toute vie humaine : l'appétit d'acquérir et de posséder, l'ambition de dominer et de soumettre, le goût de paraître et de se montrer, la fringale du scoop et du sensationnel. Trois tentations? Pourquoi pas une seulement ou bien quatre ou cinq? Trois, le symbolisme de la totalité. Jésus résiste aux épreuves de tous genres, les plus insidieuses comme les plus grossières, pour ouvrir aux hommes la voie à plus grande humanité, vers Dieu. L'Église, nous engageant dans le Carême, nous invite à lutter contre les sollicitations du mal pour qu'au rendez-vous de Pâques, nous soyons des hommes nouveaux ".

Bonne réflexion!

Raymond Gravel, ptre
Animateur spirituel des Pompiers de Montréal
et des Policiers de Laval
Diocèse de Joliette

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