L'AVENIR DE L'HOMME EST SUR LE VISAGE DU FILS...

Le 28 février 2010
Réf. Bibliques : 1ère lecture : Gn 15,5-12.17-18
2è lecture : Ph 3,17-4,1
Évangile : Lc 9,28b-36
par Raymond Gravel, prêtre

Au 1er dimanche du Carême, l'évangéliste Luc nous a conduits au désert des tentations, pour nous faire prendre conscience de nos limites et de nos pauvretés humaines, mais aussi, comme fils et filles de Dieu, de nos capacités à les surmonter. Aujourd'hui, au 2è dimanche du Carême, saint Luc nous fait monter sur la montagne de la transfiguration, pour nous faire contempler notre avenir comme chrétiens. Sur le visage du Christ ressuscité, c'est notre avenir, notre résurrection que nous pouvons déjà percevoir. Mais attention! On ne peut rester là sur la montagne à contempler notre avenir; il nous faut redescendre dans la plaine, marcher sur la route avec notre visage d'humanité qui sera nécessairement défiguré par la souffrance, l'épreuve et la mort avant d'être transfiguré, ressuscité. C'est le lot de tout être humain; on ne peut arriver à Pâques sans d'abord passer par le Vendredi-Saint.

En ce 2è dimanche du Carême, quels messages peut-on retenir des textes bibliques qui nous sont proposés?

1. La gratuité du salut : " Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il alla sur la montagne pour prier " (Lc 9,28b). Pierre, Jean et Jacques, c'est tout nous autres qui sommes invités sur la montagne et, sans qu'on n'ait rien à faire, on assiste à ce qui nous attend : " Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil; mais se réveillant, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes (Moïse et Élie) à ses côtés " (Lc 9,32). Si Moïse et Élie sont explicitement nommés, c'est sans doute pour confirmer que le Christ ressuscité est la réalisation parfaite de l'ancienne Alliance : la Loi et les Prophètes et, qu'à travers lui, c'est le Dieu de l'Alliance qui se manifeste aux disciples. C'est par pure gratuité que les disciples participent à cette manifestation, où ils peuvent entrevoir sur leurs visages, dès maintenant, des reflets de la gloire, c'est-à-dire de Pâques.

Dans sa lettre aux Philippiens, saint Paul nous rappelle qu'à cause de la croix du Christ, nous sommes devenus citoyens des cieux (Ph 3,20a), et ce, sans aucun mérite de notre part. De sorte que saint Paul traite d'ennemis de la croix du Christ, les missionnaires qui imposent aux gens les prescriptions alimentaires juives : " Ils vont tous à leur perte. Leur dieu, c'est leur ventre " (Ph 3,19a), et qui les obligent au rite de la circoncision : " Et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte " (Ph 3,19b). Dans le fond, saint Paul libère les chrétiens des lois restrictives de l'ancienne Alliance. Si Christ nous a sauvés, son salut est gratuit et n'exige rien en retour. Nous n'avons pas à en payer le prix.

Déjà dans l'Ancien Testament, c'est en toute gratuité que Dieu fait alliance avec Abraham. Et pour preuve, le texte de la Genèse décrit le très vieux rite qui consiste à couper l'alliance, c'est-à-dire des animaux sont sacrifiés et coupés en deux, et chacun des signataires du contrat ou de l'alliance, passe entre les morceaux d'animaux pour s'engager. S'il manque à son engagement, qu'il lui arrive la même chose qu'à ces victimes. Ici, dans le récit de la Genèse, le Seigneur, représenté par une torche en feu, est le seul à passer entre les animaux (Gn 15,17), car Abraham dort (Gn 15,12). Ce qui veut dire que Dieu s'engage et signe, mais n'exige rien en contrepartie, d'où la gratuité de son alliance avec Abraham.

2. Une humanité sauvée, mais assumée : Nous sommes sauvés en toute gratuité…mais c'est dans notre humanité que nous le sommes, et celle-ci est marquée par la fragilité, la faiblesse et la finitude. On voudrait bien comme Pierre rester sur la montagne et s'y installer : " Maître, il est heureux que nous soyons ici; dressons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie " (Lc 9,33a), mais Luc ajoute que Pierre ne savait pas ce qu'il disait (Lc 9,33b). Ce n'est pas pour rien que l'évangéliste Luc avait fait dire à Jésus, juste avant le récit d'aujourd'hui : " Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit mis à mort et que, le troisième jour, il ressuscite " (Lc 9,22), et immédiatement après le récit d'aujourd'hui : " Écoutez bien ce que je vais vous dire : le Fils de l'homme va être livré aux mains des hommes " (Lc 9,44)…Et Luc ajoute : " Mais eux ne comprenaient pas cette parole " (Lc 9,45a). Ce qui veut dire que le chemin de Pâques est d'abord et avant tout un chemin de croix. La maladie, la souffrance et la mort précèdent nécessairement la résurrection, et c'est vrai pour tout le monde.

Même saint Paul le reconnaît en 2è lecture aujourd'hui, lorsqu'il écrit : " Nous sommes citoyens des cieux; c'est à ce titre que nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l'image de son corps glorieux " (Ph 3,20-21a). Et même dans l'Ancien Testament, les anciens ont dû assumer leur humanité avec leurs faiblesses, leurs limites et leurs fragilités, même si Dieu a conclu une alliance avec eux. Qu'on pense à Moïse, à Abraham, à Jacob, aux prophètes Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et tous les autres. C'est dans leur humanité assumée que le salut leur a été donné en toute gratuité. Dans le fond, il ne s'agit pas de faire des choses; il s'agit simplement d'être humain, d'être ce que nous sommes.

En terminant, c'est une invitation à la confiance qui nous est faite aujourd'hui, à travers ces textes bibliques qui nous sont proposés : " Abraham eut foi dans le Seigneur, et le Seigneur estima qu'il était juste " (Gn 15,6). Saint Paul invite les Philippiens à la persévérance : " Mes frères bien-aimés que je désire tant revoir, vous, ma joie et ma récompense, tenez bon dans le Seigneur, mes bien-aimés " (Ph 4,1). Et l'évangéliste Luc invite les disciples à l'écoute de la Parole, du Verbe de Dieu, du Christ ressuscité : " Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai choisi, écoutez-le " (Lc 9,35).

L'exégète français Jean Debruynne, commentant l'évangile d'aujourd'hui écrit : " Jésus se donne à croire : Jésus introduit Pierre, Jacques et Jean dans l'intimité de sa vocation et de sa mission. Il se donne à voir. D'abord dans ses racines au milieu de Moïse et d'Élie. Il est né de cette promesse et il vient l'accomplir. L'histoire, désormais, c'est lui. Mais l'avenir aussi c'est lui. Cette transfiguration n'est rien d'autre que le ressuscité qui se donne déjà à voir. Jésus se donne à croire. Et pourtant, Jésus, c'est bien le présent. C'est bien l'événement, le cœur de l'actualité. Lorsque la voix désigne Jésus comme le Fils de Dieu, les Apôtres ne voient plus que Jésus seul. L'Homme, l'humain de l'Homme, Fils de Dieu ".

Bonne réflexion!

Raymond Gravel, ptre
Animateur spirituel des Pompiers de Montréal
et des Policiers de Laval
Diocèse de Joliette

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