LA CONVERSION!

Le 7 mars 2010
Réf. Bibliques : 1ère lecture : Ex 3,1-8a.10.13-15
Évangile : Lc 13,1-9
par Raymond Gravel, prêtre

Chaque année, à partir du 3è dimanche du Carême, le thème se diversifie. En l'année C, nous puisons chez Luc des passages qui ont trait à la conversion. Après le dimanche de la tentation et celui de la transfiguration, voici celui de la conversion. Les questions que nous posent la 1ère lecture et ce drôle de récit évangélique d'aujourd'hui, qui rapporte 2 faits divers et qui raconte une parabole, sont les suivantes : Qui est Dieu? Dieu punit-il? Pourquoi se convertir?

1. Qui est Dieu? Cet extrait du livre de l'Exode que nous avons aujourd'hui est sans doute le texte central de la révélation du Dieu de l'Alliance. L'expérience de Moïse au Sinaï a pu donner naissance à cette légende du buisson ardent, puisque buisson en hébreu s'écrit: sênêh et ressemble étrangement à Sinaï. Par ailleurs, comme le dit bien l'exégète français Alain Marchadour, ce récit apporte de la nouveauté sur Dieu: "Dieu cesse d'être le Dieu anonyme du sacré, celui que l'on vénère et redoute. Il cesse d'être le Dieu archaïque des commencements qui engendre une religion de la nostalgie. Il cesse même d'être le Dieu des sanctuaires, localisé et enfermé dans les lieux saints". Dieu se définit lui-même par la parole, par le verbe être qui, en hébreu, implique l'idée d'action: "ehyeh asher ehyeh= Je suis celui qui suis ou Je suis qui je serai" (Ex 3,14).

Face à l'homme, Dieu se fait connaître comme quelqu'un qui a un nom, que l'on peut interpeller, avec qui le dialogue est possible. En même temps, sa présence doit désormais être cherchée dans l'aventure humaine, et dans son histoire quotidienne : Il est Dieu avec l'homme; il est présence actuelle et ouverte sur l'avenir. Dieu est relation; il ne peut être sans nous et ne peut rien faire sans nous. Il se présente à Moïse comme le Dieu fidèle aux patriarches du passé. Il a vu le malheur de son peuple et il veut intervenir: "J'ai vu, oui, j'ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu ses cris sous les coups des chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances" (Ex 3,7). Aussi, il demande à Moïse de l'aider à libérer son peuple: "Et maintenant, va! Je t'envoie chez Pharaon : tu feras sortir d'Égypte mon peuple, les fils d'Israël" (Ex 3,10).

Dieu est donc quelqu'un qui veut la vie, la liberté, la justice et le bonheur de tous. Comme le dit bien le Psaume 102 de ce dimanche: "Il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d'amour et de tendresse. Le Seigneur fait œuvre de justice, il défend le droit des opprimés. Il révèle ses desseins à Moïse, aux enfants d'Israël ses hauts faits. Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour" (Ps 102,3-4.6-8).

2. Dieu punit-il? Au temps biblique, on croyait que le malheur qui s'abattait sur quelqu'un, la maladie et les accidents de parcours étaient des punitions de Dieu pour les péchés commis par les personnes ou même par leur entourage. Dans l'évangile de Jean, dans l'épisode de l'aveugle-né, nous avons un bel exemple de cette réalité: "Rabbi, qui a péché pour qu'il soit né aveugle, lui ou ses parents?" (Jn 9,2). Voilà la question posée par les disciples à Jésus. Les 2 exemples soulevés par Luc dans l'évangile d'aujourd'hui comporte la même problématique: l'affaire des Galiléens que Pilate fit massacrer pendant qu'ils offraient un sacrifice (Lc 13,1) et la tragédie de la chute de la tour de Siloé qui a tué 18 personnes (Lc 13,4). S'agit-il de punitions divines?

Encore aujourd'hui, ne réagit-on pas de la même façon lorsque surviennent certaines tragédies comme le sida dans les années 1980, le tremblement de terre en Haïti, en janvier de cette année et à toutes sortes de malheurs qui nous frappent. On entend encore aujourd'hui des expressions comme celles-là : Qu'est-ce que j'ai fait au bon Dieu pour que ça m'arrive? Ou encore : Dieu éprouve ceux qu'il aime! C'est épouvantable, mais c'est malheureusement la réalité. Et c'est souvent entretenu par des prêtres qui lisent de façon littérale certains textes bibliques. C'est évident que si Dieu récompense les gens, il doit nécessairement punir. C'est toute la théologie de la rétribution qui est derrière ça et qui est contraire à la foi chrétienne.

Dans le récit de saint Jean sur l'aveugle-né, Jésus répond aux disciples: "Ni lui, ni ses parents. Mais c'est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui!" (Jn 9,3). Qu'est-ce que ça veut dire? Dans la Bible TOB, dans une note au bas de page, on dit que Jésus constate le fait de l'infirmité et veut agir, afin d'assurer à cet homme sa pleine intégrité. Dans le fond, Dieu est contre la souffrance; il veut la soulager. Et dans l'évangile d'aujourd'hui, Jésus dit par rapport au massacre des Galiléens: "Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort?" (Lc 13,2). La réponse c'est : Non! (Lc 13,3a). Et concernant la chute de la tour de Siloé, il dit: "Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu'elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem?" (Lc 13,4). La réponse est encore : Non! (Lc 13,5a). Dieu ne punit pas... S'il le faisait, il serait un Dieu pervers. Il ne peut récompenser non plus. C'est nous qui pouvons le faire et qui en avons la responsabilité. Voilà le pourquoi de la conversion.

3. Pourquoi se convertir? Dans le massacre des Galiléens, Jésus ajoute: "Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux" (Lc 13,3b), et dans le drame de la tour de Siloé, il dit: "Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière" (Lc 13,5b). Ça veut dire quoi au juste? L'exégète français Jean Debruynne écrit: "Pourquoi Jésus lance-t-il cette phrase terrible : Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous! C'est que se convertir, c'est changer de vie, se tourner vers un changement de vie. Est-ce que ce n'est pas vrai aujourd'hui dans la réalité? Si vous ne décidez pas de changer de vie, vous périrez tous. Non pas parce que Dieu va se venger, mais parce que, si vous continuez à détruire la couche d'ozone, à polluer la mer, à empoisonner les fleuves avec vos déchets, si vous continuez à gaspiller la vie, à ne pas respecter les personnes, à mépriser le monde... c'est sûr vous allez engendrer de nouveaux Pilate et de nouveau Hitler qui de déchéance en déchéance traiteront demain les hommes comme déjà aujourd'hui vous traitez les forêts et les rivières. Si vous continuez à prendre l'argent pour Dieu, l'économie pour religion et le profit pour seule espérance, c'est sûr, les tours de Siloé continueront à s'écrouler parce qu'on aura préféré la rentabilité à la sécurité, à la protection des personnes".

N'a-t-on pas vécu des situations semblables ces derniers mois? Janvier 2010: un tremblement de terre en Haïti, 7,5 sur l'échelle Richter = 200,000 morts. Février 2010: un tremblement de terre au Chili, 8,8 sur l'échelle Richter (100 fois plus puissant qu'en Haïti) = 800 morts. Si les gouvernements successifs en Haïti avaient respecté les règles de constructions dans les régions sismiques, il n'y aurait pas eu autant de victimes. Où est la responsabilité? Même ici au Québec, le viaduc du Souvenir à Laval qui s'est effondré, il y a quelques années, faisant un mort et 3 blessés d'une même famille, on sait maintenant que la compagnie de construction a voulu économiser... Voyons le résultat!

Dans le fond, pourquoi se convertir? Je répondrais tout simplement : pour s'humaniser, c'est-à-dire faire passer la personne humaine avant le profit ou nos intérêts personnels. C'est ça l'évangile, et, en plus, notre Dieu, il est patient. Il ne punit même pas les responsables. Il fait confiance. Même si après 3 ans de stérilité, c'est-à-dire l'échéance du temps de la conversion, du changement possible, où les fruits tardent à venir, il continue d'attendre que le figuier produise son fruit: "Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir" (Lc 13,8-9a)

En terminant, on raconte qu'un maître juif étonnait ses disciples en les invitant à se convertir la veille de leur mort. Ses disciples s'objectaient en disant: Mais comment le prévoir? Alors, le maître leur répondait: Convertissez-vous dès maintenant, car vous ne savez jamais quand la mort viendra vous surprendre.

Bonne réflexion!

Raymond Gravel, ptre
Animateur spirituel des Pompiers de Montréal
et des Policiers de Laval
Diocèse de Joliette

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