QUI EST EN PERTE AU JUSTE: LA RELIGION OU LA FOI?


par Pierre-Gervais Majeau, ptre-curé
Unités Belles-Montagnes et Pied-de-la-Montagne
Diocèse de Joliette
Membre du Forum André-Naud.

Depuis l'aube des temps, les humains ont monté des systèmes religieux à leur image et à leur ressemblance. Appréhendant les terreurs ou les menaces de ces dieux imaginés au sein de leur panthéon, ces humains ont structuré des systèmes religieux dans le but de se faire valoir devant ces dieux jaloux ou mesquins. Sacrifices, rites d'expiations, actes méritoires, gestes satisfactionnels deviennent autant d'outils que les humains inventent dans le but de manipuler ces divinités afin de se mettre à l'abri de leurs terreurs punitives. Quand ces systèmes deviennent établis, ils se donnent des temples, des clergés, des doctrines, des pouvoirs spirituels, des outils d'exclusions et toutes sortes de contraintes morales ou autres. Ce sont ces systèmes religieux ou ces religions institutionnalisées qui sont aujourd'hui suspectés, quittés, rejetés, et qui sont en perte de vitesse partout dans le monde. Comme dit la chanson, faut-il en pleurer? Faut-il en rire? Je n'ai pas le cœur à le dire!

Mais désormais, des prophètes se lèvent pour rappeler la pertinence de l'expérience spirituelle, voire même de la foi biblique. D'ailleurs les prophètes bibliques et le Christ ont sans cesse critiqué les institutions religieuses de leur époque. Le système religieux est certes nécessaire s'il permet à la foi de traverser les civilisations et l'Histoire. Mais ce système n'existe pas pour lui-même, mais seulement dans le but de permettre à la foi de pouvoir se perpétuer. Au cours de l'histoire, les tentations furent nombreuses de faire valoir les institutions au mépris de la foi vécue.



La religion fait valoir Dieu pour qu'il nous soit bienveillant, dans l'expérience de la foi nous découvrons que c'est Dieu qui fait valoir l'humain. Le christianisme s'est laissé pervertir par les théories religieuses de la satisfaction sacrificielle, mais maintenant il s'en libère de plus en plus. Désormais, nous pouvons dire que le sacrifice du Christ, son sang versé, n'a pas comme but de mériter le salut, mais de révéler que cette pratique prophétique du sang versé par amour devient un chemin tracé pour conduire l'humanité, à la suite du Christ, à la plénitude de la vie, en sortant l'humanité de sa précarité ontologique et de la mort totale ou elle se croyait enfermée. Toute vie donnée selon la pratique prophétique du Christ, que ce don soit violent ou non, devient un chemin de glorification ou de résurrection. La pratique de vie prophétique du Christ nous révèle que la passion et la mort sont devenues dans l'évènement de la résurrection, des chemins de vie. Le Christ a fait une œuvre de révélation en signifiant que nos chemins de passion sont des chemins de résurrection quand ils sont vécus à la suite du Christ et dans la fidélité à sa pratique. D'ailleurs, le Christ ne s'est-il pas dit lui-même chemin de vie car il nous a libérés de toute mort totale.

En conclusion, on peut affirmer qu'en prenant le chemin du Christ, nous sommes libérés de toutes nécessités satisfactoires et compensatrices en vue d'un salut qu'on pensait devoir mériter. Dans la foi, nous réalisons que les souffrances du temps présent, assumées selon la pratique de Jésus, nous paraîtront bien légères en regard de la gloire de la résurrection que Dieu va révéler en nous, quand nous serons établis dans notre pleine dignité de filles et fils de Dieu.

Bonne réflexion!

Gervais Majeau, ptre
Diocèse de Joliette

Contacter le webmestre

© 2000-2009   Diocèse de Joliette   -  Tous droits réservés  -  Conception et design André Côté