Que ce soit le récit de la résurrection selon saint Luc ou selon saint Jean, il est question de visite de femmes au cimetière très tôt le matin, de tombeau vide, de crainte, de peur, de surprise et de questions…Que se passe-t-il?
1. Le tombeau vide : Chez Luc, des femmes se rendent au sépulcre, très tôt le matin, pour embaumer le corps de Jésus, mort le vendredi…mais le tombeau est vide. Pour l'évangéliste Luc, le tombeau vide n'est pas la preuve du retour à la vie du cadavre de Jésus…Il nous renvoie à une question : Où est le Seigneur Jésus? Son cadavre n'a plus d'importance; ce n'est plus ce corps inanimé qu'on cherche : c'est le Seigneur ressuscité, et comme ces femmes n'ont pas l'habitude de cette nouvelle présence, l'évangéliste écrit : " Elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus " (Lc 24,3). Ça veut dire que ce qui précède la foi, c'est l'absence, le vide, le manque. C'est ce que vivent ces femmes venues au tombeau pour enterrer dignement celui qu'elles ont aimé, afin d'entamer leur deuil. Leur démarche sera complètement bouleversée.
Chez Jean, c'est Marie-Madeleine seule qui se rend au tombeau, très tôt le matin : " Alors qu'il fait encore sombre " (Jn 20,1b). Elle n'entre pas dans le tombeau, mais elle voit que la pierre à l'entrée du tombeau a été enlevée (Jn 20,1c). Elle en déduit que le tombeau est vide puisqu'elle court dire à Pierre et au disciple que Jésus aimait : " On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l'a mis " (Jn 20,2b). Pour l'évangéliste Jean, le cadavre de Jésus n'a plus d'importance, puisque pour lui aussi, c'est l'absence du Seigneur Jésus qui pose problème. Marie-Madeleine n'est pas dans la foi, elle non plus; elle est dans la crainte et dans le questionnement. Un peu plus loin, l'évangéliste nous dira de quelle manière elle adhérera à la foi. Pour l'instant, elle court (l'amour fait courir).
Donc, qu'il s'agisse de Luc ou de Jean, en utilisant l'expression : Seigneur, nous sommes dans le registre pascal, puisque c'est après Pâques seulement, que ce qualificatif a été appliqué à Jésus. Il s'agit donc du Christ ressuscité, non encore reconnu par les femmes et les disciples.
2. Le message de Pâques : Dans l'évangile de Luc, une fois entrées dans le tombeau, les femmes sont accueillies par 2 personnages de lumière, qui sont peut-être des anges, selon les disciples d'Emmaüs (Lc 24,23), ou bien Jésus ressuscité lui-même. L'exégète français Jean Debruynne écrit : " C'est le monde à l'envers : le tombeau qui est la maison des morts devient la maison des vivants. La tombe qui est froide de la solitude de la mort devient un lieu de rencontre, le sépulcre creusé dans le rocher où il fait nuit devient éblouissant de lumière ". Et c'est la question aux femmes : " Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts? " (Lc 24,5b).
Combien de fois, dans notre vie, nous arrive-t-il de chercher Dieu dans les souvenirs, le passé, les regrets? Combien de fois regardons-nous derrière dans l'espoir d'y retrouver Dieu, pendant que lui est là au présent, au cœur de nos réalités et qui attend patiemment qu'on le découvre et qu'on le reconnaisse? La foi ne peut être un relent de nostalgie du passé. Elle ne peut surgir qu'au présent, au cœur de nos expériences nouvelles.
C'est pourquoi les femmes, se souvenant des paroles que Jésus avait dites : " Il faut que le Fils de l'homme soit livré aux mains des pécheurs, qu'il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite " (Lc 24,7). C'était suffisant pour ces femmes : " Revenues du tombeau, elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres " (Lc 24,9). Elles empruntent le chemin de la foi. Mais c'est un chemin qui n'est pas évident : " Les propos des femmes semblèrent délirants pour les disciples, et ils ne les croyaient pas " " Lc 24,11). Cependant, Pierre court au tombeau, lui aussi; il voit le linceul resté là, mais s'en retourne chez lui dans l'étonnement (Lc 24,12). Pierre n'adhère pas encore à la foi; il reste étonné seulement.
Dans l'évangile de Jean, il n'y a pas de message verbal de la part d'anges ou de Jésus lui-même; il n'y a que la réaction de panique de Marie-Madeleine…mais c'est suffisant pour que Pierre et le disciple que Jésus aimait se rendent eux aussi au tombeau. La perte de celui qu'ils ont connu et aimé, le manque et son absence les font courir tous les deux.
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Par ailleurs, comme l'amour fait courir plus vite, le disciple que Jésus aimait arrive le premier (Jn 20,4). Par respect pour Pierre, il n'entre pas (Jn 20,5). Pierre entre et voit le linceul resté là et le linge qui avait recouvert sa tête, roulé à part à sa place (Jn 20, 6-7).
Chez saint Jean, ce n'est pas le tombeau vide qui fait croire les disciples : c'est l'amour : " C'est alors qu'entra l'autre disciple (celui que Jésus aimait), lui qui était arrivé le premier au tombeau (car l'amour fait courir plus vite). Il vit et il crut " (Jn 20,8). En est-il de même aujourd'hui, dans notre expérience de Pâques? Qu'est-ce qui nous pousse à croire? Comment rencontrer le Ressuscité?
3. Pâques aujourd'hui : En ce jour de Pâques 2010, avons-nous le cœur à la fête, à la Résurrection? Croyons-nous qu'il s'agit pour nous, comme pour les premiers chrétiens, d'un jour nouveau? D'un nouveau commencement? D'une re-création? Avec tout ce qui arrive à l'Église aujourd'hui, avons-nous confiance en l'avenir? Espérons-nous ressusciter nous aussi? À Pâques 1995, le français André Rebré écrit : " En ce jour de Pâques, nous sommes peut-être venus, comme ces femmes, pour embaumer un mort. Ce mort, c'est nous-mêmes assaillis de doutes, nous découvrant incapables de pardonner et de faire la paix, repliés sur notre souffrance d'avoir perdu un être cher, désespérant de trouver sens à la vie. La joyeuse surprise de Pâques s'adresse aussi à nous : Ne cherche pas le Vivant parmi les morts, car c'est aussi toi que le Vivant de Pâques fait revivre, si tu le veux ".
La question que nous pouvons nous poser aujourd'hui : Avons-nous trouvé le corps du Seigneur Jésus? Où est le Vivant, le Ressuscité? L'avons-nous rencontré? Reconnu? À une question que me posait un croyant sur Facebook, sur ce que ferait le Christ s'il s'incarnait aujourd'hui, j'ai répondu : " Mais le Christ, il s'est incarné dans notre monde, puisqu'il est ressuscité! Reste à voir maintenant où il est? " Un autre a répondu : " Il est dans la rue, avec les prostitués des deux sexes, les jeunes et les vieux, les drogués, les alcooliques, pour leur redonner l'estime de soi qu'ils ont perdu. Il est dans les malades, les mourants, les pauvres, les victimes d'agression de toutes sortes, les homosexuels, pour leur dire que Dieu les a fait ainsi parce qu'il les aime. Il est aussi avec les quelques prêtres et évêques qui essaient sincèrement de suivre son enseignement évangélique ".
Si je comprends bien, le Ressuscité, c'est d'abord quelqu'un de faible, de fragile, de vulnérable…qui n'est pas tellement friand de pouvoir et qui se sent mal à l'aise dans les palais et dans les grandes réceptions. Se peut-il, comme Église, qu'à certains moments, nous nous soyons trompés sur la présence du Ressuscité? Il y a cette histoire que racontait un doyen de cathédrale : " Jésus marche sur le trottoir par une nuit de Noël particulièrement froide. Il voit un itinérant qui est complètement gelé devant une église, d'où on entend des hymnes à la gloire de la naissance du Sauveur. Il s'approche de l'itinérant et lui dit : Pourquoi ne vas-tu pas te réchauffer dans l'église? L'itinérant lui répond : Jésus, je ne peux pas; ils ne veulent pas me laisser entrer. Jésus regarde l'église avec tristesse et lui dit : Bof! Ne t'en fais pas, mon non plus, ils ne veulent pas me laisser entrer ".
Avec tous ces scandales sexuels perpétrés par des prêtres sur des enfants innocents, sommes-nous conscients des erreurs de jugements dont nous nous sommes rendus coupables dans l'Église? N'avons-nous pas manqué de compassion envers les blessés de la vie? Ne serait-ce pas l'occasion cette année, de reconnaître nos torts avec humilité, sincérité et honnêteté? Nous avons la possibilité de prendre nos responsabilités et ce n'est pas par le mensonge et le déni qu'on peut y arriver. Si nous voulons célébrer Pâques dans la vérité et ressusciter avec le Christ Jésus, nous devons comme Église accepter humblement que nous nous sommes trompés. On ne peut célébrer Pâques sans d'abord passer par le Vendredi Saint.
Joyeuses Pâques 2010!
Raymond Gravel, ptre
Animateur spirituel des Pompiers de Montréal et des Policiers de Laval
Diocèse de Joliette
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