Eucharistie, c'est le nom que l'Église primitive a donné à l'acte central de sa vie. Eucharistie veut dire : Action de grâce, remerciement. Saint Irénée affirme : " La façon pour nous chrétiens de ne pas être stériles, c'est d'offrir à Dieu notre action de grâce ". Rendre grâce, faire acte de dépossession de soi, de reconnaissance de l'autre et partager avec lui les vraies nourritures, voilà le chemin que le Christ nous a ouvert au soir du Jeudi Saint. Mais que retenir de la Fête-Dieu cette année?
1. L'Eucharistie : une fête et non pas un sacrifice : Je me suis toujours demandé, par quelle déviation, on est arrivé, dans l'Église, à célébrer l'Eucharistie comme un sacrifice, celui de la Croix, qu'on répéterait sans cesse à chacune de nos messes? Oui! Le Christ est mort! Mais il est ressuscité! Sa mort n'est donc pas une fin en soi et elle ne peut être répétée, puisqu'il n'est mort qu'une seule fois. La mort du Christ n'a de sens pour nous, que si elle est suivie de la Résurrection. Et c'est cet événement de Pâques : Mort Résurrection, que nous célébrons dans l'Eucharistie. Saint Paul nous le rappelle en 2è lecture aujourd'hui, dans sa 1ère lettre aux Corinthiens, lorsqu'il écrit : " Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne " (1 Co 11,26).
La réflexion que vous vous faites est la suivante : Il y a donc contradiction avec ce que je viens de dire précédemment…Mais non! Puisqu'on ne peut séparer la mort de la résurrection, comme on ne peut séparer le pain et le vin de la célébration de l'Eucharistie. Le pain qui est le symbole de la nourriture, devient ici signe de la vie donnée du Christ, et le vin qui est le symbole de la fête, devient ici son sang versé, c'est-à-dire sa vie partagée à tous ceux et celles qui en font mémoire, parce que Christ est non seulement mort mais aussi ressuscité. En d'autres mots, on ne peut recevoir la vie du Ressuscité, sans reconnaître le don d'amour qu'il a fait par sa mort sur la croix. Saint Jean, dans son évangile, écrit : " Nul n'a d'amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu'il aime " (Jn 15,13).
2. Eucharistie : du pain à partager et non pas à adorer : Le récit de la multiplication des pains qu'on retrouve 6 fois dans les évangiles : 2 chez Matthieu, 2 chez Marc, 1 chez Luc et 1 chez Jean. Le récit que nous avons aujourd'hui, celui de Luc, présente, comme tous les autres, une forte résonnance eucharistique. Bien que nous n'ayons pas la description du comment s'est opéré ce miracle, nous devons souligner l'importance de cet événement théologique, puisqu'il est raconté 6 fois dans les évangiles.
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Chez Luc, ce récit révèle aux apôtres l'identité profonde de Jésus ressuscité, puisque immédiatement après, Pierre déclare : " Tu es le Christ de Dieu " (Lc 9,20). Pour Luc, Jésus est le nouvel Élie, ce qui inclut nécessairement les œuvres de son disciple Élisée qui nourrit 100 personnes avec 20 pains d'orge (2 R 4,42-44). Ici, le rapport est plus frappant : 5 pains et 2 poissons pour 5,000 personnes (Lc 9,13-14). Comme pour Élisée, son serviteur faisait la distribution des pains; ici, ce sont les disciples qui la font (Lc 9,16b). Élisée avait annoncé qu'il y aurait du surplus; ici, après la distribution, il en reste 12 paniers pleins, de quoi nourrir tout le monde, tout le peuple, les 12 tribus d'Israël.
Dans le récit de Luc, on retrouve le langage eucharistique : " Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il les bénit, les rompit et les donna à ses disciples " (Lc 9,16a). Aussi, Luc situe la scène à la même heure que l'expérience des disciples d'Emmaüs : " Le jour commençait à baisser " (Lc 9,12a), là où les disciples le reconnaissent à la fraction du pain (Lc 24,31). Luc songe tellement à l'Eucharistie, qu'il en oublie les poissons qui sont pourtant là au début de la célébration.
Enfin, avec ce récit de Luc, la mission chrétienne est déjà commencée : les apôtres partagent la mission de Jésus. Comme lui, ils ont annoncé le règne de Dieu et opéré des guérisons (Lc 9,1-2.6). Fatigués de leur mission, ils n'ont qu'une hâte : " Renvoie cette foule, ils pourront aller dans les villages et les fermes des environs pour y loger et trouver de quoi manger : ici nous sommes dans un endroit désert " (Lc 9,12b). Une chose est certaine : ce pain eucharistique n'est pas fait pour être adoré, mais bien distribué et partagé. Et s'il en reste autant, c'est pour nourrir tous les autres qui ne sont pas présents au rassemblement.
En terminant, saint Augustin disait : " Deviens ce que tu as reçu ". Dans l'Eucharistie, tu reçois le Corps du Christ, deviens Corps du Christ. Ce qui signifie que lorsque nous participons à l'Eucharistie, c'est très engageant : on devient d'abord, comme le Christ, des serviteurs des autres, et en plus, des frères et des sœurs avec ceux et celles qui communient à la même table que nous...
Bonne réflexion!
Bonne Homélie!
Raymond Gravel, ptre
Animateur spirituel des Pompiers de Montréal et des Policiers de Laval
Diocèse de Joliette
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