La liberté de choisir!


Le 13 mars 2011

par Raymond Gravel, prêtre

Le Carême A nous renvoie à notre baptême, à notre engagement, à nos choix, pour que l'Église que nous sommes puisse réellement témoigner de ce monde nouveau commencé avec le Christ de Pâques, le nouvel Adam, c'est-à-dire la nouvelle humanité dans le Christ. Les 3 lectures d'aujourd'hui ont en commun la Liberté donnée à l'être humain et la capacité de choisir qui découle de la tentation. Au 1er dimanche du Carême, à chaque année, nous avons le récit de la Tentation au désert, selon l'évangéliste de l'année. Aujourd'hui, c'est Matthieu et, à travers son récit, ce sont tous les chrétiens qui sont concernés par cette triple tentation de Jésus au désert. Mais qu'est-ce que ces récits veulent nous dire?

1. " La tentation, ce n'est pas le péché; c'est l'heure du choix " (J. Debruynne). En 1ère lecture aujourd'hui, au livre de la Genèse, dans le 2è récit de la création qui est en même temps le plus ancien, l'auteur qui est un sage tente de répondre à la question suivante : Comment expliquer la limite humaine? Comment est entré le mal dans le monde? Dans le fond, si Dieu a créé le monde, pourquoi l'avoir fait si limité? La réponse est simple : C'est parce que Dieu a créé l'homme libre, capable de choisir. Et dans ses choix, l'être humain est capable de grandeurs et de créativité, comme il est aussi capable d'atrocités et de destructions. L'auteur du livre de la Genèse raconte, sous forme de parabole, avec des images de son temps, l'histoire d'Adam qui est, en fait, l'histoire de l'humanité avec ses hauts et ses bas. Créé libre, l'homme est capable de générosité, de service, de gratuité, de don de soi, de pardon, etc…Mais, en même temps, il est aussi capable d'égoïsme, d'égocentrisme, de destruction, d'exploitation, de violence, de meurtre.

Il n'est point nécessaire de faire une longue recherche historique pour comprendre cette réalité; on n'a qu'à penser aux guerres, aux nombreux génocides, aux règlements de compte, à l'exploitation des pauvres. On sait tout ça, mais qu'est-ce qu'on fait pour changer la situation? En 2è lecture aujourd'hui, saint Paul reprend le récit de la Genèse et en fait une lecture chrétienne : le premier Adam par qui est entré le mal, l'injustice et la mort dans le monde est maintenant remplacé par le second Adam, le Christ ressuscité qui rétablit la justice et qui donne la vie. Ce Christ vivant, c'est l'Église que nous sommes…En sommes-nous conscients? Encore aujourd'hui, il y a pleins de lieux où règnent l'injustice, l'oppression, l'exclusion…Que faisons-nous comme chrétiens pour changer la situation?

Dans l'évangile de Matthieu, Jésus est tenté lui aussi; c'est la preuve qu'il est un homme. Sa tentation n'est pas une faute; c'est la condition de sa liberté humaine. Ne l'oublions surtout pas : Jésus a été un être humain, de sa naissance à sa mort sur la croix. Il n'a pas fait semblant de l'être. Ce que les évangélistes ont fait, c'est qu'ils ont reconstitué sa vie à la lumière de Pâques; ils l'ont donc divinisé ou plutôt christianisé pour leurs communautés chrétiennes, tout en lui conservant son humanité dans toute sa fragilité. Pour Matthieu, Jésus a été le nouvel Adam et le nouveau Moïse. Pendant 40 jours, il va vaincre les tentations. Il va assumer sa liberté.

Pour l'évangéliste Matthieu, les chrétiens doivent être responsables de leur liberté humaine, car le Christ l'a été jusqu'au bout; il a vaincu les tentations, c'est-à-dire qu'il a fait les bons choix. Dans le fond, le nouveau peuple de Dieu, l'Église, doit réussir là où l'ancien peuple de Dieu a échoué, a succombé. Mais attention!



Le récit de Matthieu n'est pas moralisateur. Il ne faudrait pas démoniser le diable, car, comme l'écrit si bien l'exégète français Jean Debruynne : " Le démon n'est pas seulement horrible. Si le diable existe, c'est que Dieu n'est pas un système totalitaire. Il existe une alternative à Dieu : puisqu'on peut le choisir, ce n'est pas Dieu ou rien. Avec son sale air et sans le savoir, le démon est la preuve de notre liberté ".

2. Le pouvoir : Aux 3 tentations présentées par l'évangéliste Matthieu : le pouvoir de la consommation ou la tentation de changer les pierres en pain (Mt 4,3), le pouvoir religieux ou la tentation de la religion spectacle où Jésus est invité à sauter dans le vide du haut du temple pour devenir une vedette de la religion (Mt 4,5-6) et le pouvoir politique ou la tentation de dominer le monde, à condition de se mettre à genoux (Mt 4,8-9), Matthieu met dans la bouche du diable comme dans celle de Jésus des paroles puisées dans les Écritures :

1) " Si tu es Fils de Dieu... " (Mt 4,3). Ici le diable reprend la parole céleste entendue au baptême de Jésus par Jean-Baptiste (Mt 3,17).
" Ce n'est pas seulement de pain que l'homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu " (Mt 4,4). Ici, Jésus cite Dt 8,3 dans la version grecque de la Septante.

2) " Il donnera pour toi des ordres à ses anges et ils te porteront sur leurs mains pour t'éviter de heurter du pied quelque pierre " (Mt 4,6). Ici, le diable cite le Ps 91,11-12.

" Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu " (Mt 4,7). Ici, Jésus cite Dt 6,16.

3) " Tout cela je te le donnerai, si tu te prosternes et m'adores " (Mt 4,9). Ici, le diable s'attribue à lui-même le verbe adorer comme en Mt 2,2; 8,2; 9,18; 28,17; Gn 37,7-10.

" Le Seigneur ton Dieu tu adoreras et c'est à lui seul que tu rendras un culte " (Mt 4,10). Ici, Jésus cite librement Dt 6,13.

Dans tous les cas, ce que Matthieu nous dit, c'est que nous avons le pouvoir de choisir, appuyés sur la Parole de Dieu, entre la nourriture matérielle ou la nourriture spirituelle, entre le paraître ou l'être et entre le pouvoir de posséder ou le pouvoir de servir.

Encore aujourd'hui, comme chrétiens, nous sommes aussi tentés par le pouvoir : le pouvoir de se servir soi-même, le pouvoir de posséder Dieu et le pouvoir de dominer les autres et de les exploiter. Par ailleurs, nous avons des choix à faire, dans notre liberté, et il nous est possible de faire de ces pouvoirs, des services : service de l'autre, des autres et de Dieu…Nous sommes donc invités au désert, nous aussi, pour faire ces choix, afin de poursuivre la mission chrétienne qui découle de notre baptême. N'ayons pas peur de la tentation; celle-ci est nécessaire pour les choix que nous avons à faire en toute liberté. Ces tentations font partie de notre réalité humaine et chrétienne et elles ne sont pas réservées à quelques-uns. Jean Debruynne ajoute : " Heureusement, parce que la tentation, c'est la preuve que nous avons toujours le choix, que nous sommes libres et que nous sommes vivants. À nous de choisir! "

Bon Carême 2011!

Raymond Gravel, ptre
Animateur spirituel des Pompiers de Montréal
et des Policiers de Laval
Diocèse de Joliette

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