En lisant l’évangile de ce 8è dimanche ordinaire, je me suis mis à fredonner la chanson de Robert Lebel : « Cherchez d’abord le Royaume et la justice de Dieu…Cherchez d’abord le Royaume, le reste vous sera donné ». En chanson, ça peut sembler facile, mais dans la vraie vie, est-ce aussi évident? Je ne suis pas certain, d’autant plus que des études récentes démontrent que pour les oiseaux migrateurs, à tout le moins, leur survie n’est pas assurée aussi simplement. Des scientifiques affirment que la majorité d’entre eux n’arrivent jamais à destination à cause de la fatigue du voyage et du manque de nourriture. Et pour ce qui est des fleurs, leur fragilité est directement proportionnelle à leur courte durée. Qu’est-ce que Matthieu veut dire à sa communauté à travers ce récit? Doit-on faire une lecture naïve, en nous déresponsabilisant de notre propre survie? Ou bien doit-on choisir entre Dieu et l’Argent? Ne s’agit-il pas plutôt d’une invitation à la confiance, afin de nous libérer du pouvoir de l’Argent qui peut, à certains moments, nous causer tant de soucis?
1. Dieu ou l’Argent : Le début de l’évangile d’aujourd’hui donne le ton : « Aucun homme ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent » (Mt 6,24). Comme le mot Argent utilisé par Matthieu porte une majuscule, il ne s’agit pas de l’argent qu’on se sert pour acheter ce qui nous est nécessaire, mais bien du Dieu Mammon (Argent) qui nous asservit. Et Matthieu a tout à fait raison : lorsque l’Argent prend toute la place dans notre vie, on veut toujours en avoir plus, parce qu’on vit dans l’insécurité et on développe une sorte de dépendance aux biens matériels qui nous empêche de jouir de la vie. On se fait tellement de soucis que ça nuit à notre santé physique, psychologique et spirituelle.
La question qui surgit est la suivante : Qu’est-ce qui est premier? La personne humaine? La nourriture dont elle a besoin ou encore les vêtements qu’elle porte? Il me semble qu’à lire Matthieu, on peut vraiment dire que la vie n’est pas faite pour la nourriture; c’est la nourriture qui est au service de la vie; comme le corps n’est pas aux vêtements, mais bien les vêtements pour le corps. En effet, les inquiétudes, les soucis et les angoisses ne servent aucunement la vie; au contraire, ils l’abrègent : « D’ailleurs, qui d’entre vous, à force de souci, peut prolonger tant soit peu son existence? » (Mt 6,27).
Et les deux exemples utilisés par Matthieu illustrent très bien que c’est Dieu qui donne la vie : la nourriture pour les oiseaux du ciel, et que c’est lui qui couvre de dignité sa création : la beauté des lis des champs. L’homme n’en est pas responsable, d’où l’invitation à la confiance qui lui est faite.
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2. Un Dieu Père et Mère : Mais pourquoi ce récit? L’évangéliste Matthieu veut montrer à sa communauté que la foi chrétienne a ses exigences : ce qui distingue un chrétien, c’est sa confiance envers ce Dieu qui se présente comme un Père et qui demande d’être reconnu comme tel. Dans le fond, si Dieu s’occupe de nourrir les oiseaux du ciel et s’il revêt les fleurs des champs de si beaux vêtements, comment peut-il ne pas faire plus encore pour ses enfants? Et plus encore, ce Dieu Père nous aime d’un amour maternel. En 1ère lecture aujourd’hui, le prophète Isaïe compare Dieu à une mère, lorsque le peuple se sent abandonné par lui : « Est-ce qu’une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles? Même si elle pouvait l’oublier, moi, je ne t’oublierai pas » (Is 49,15).
C’est pourquoi la relation que les chrétiens doivent établir avec Dieu est une relation de confiance qui débouche sur l’espérance : « Ne vous faites donc pas tant de souci; ne dites pas : Qu’allons-nous manger? Ou bien : Qu’allons-nous boire? Ou encore : Avec quoi nous habiller? Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin » (Mt 6,31-32). Cependant, le chrétien ne perd pas sa responsabilité; il doit travailler à restaurer la justice qui est la première valeur de toute la Bible : « Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus le marché » (Mt 6,33).
Par cet évangile, nous sommes donc invités à choisir entre l’esclavage et la liberté. L’esclavage par rapport à nos possessions matérielles ou bien la liberté que Dieu Père et Mère nous donne. Pour choisir, il nous faut distinguer entre les moyens qui nous sont offerts et le but visé. Le prêtre français Léon Paillot écrit : « Jésus nous invite à la liberté. Et il nous invite, par le fait même, à entrer dans la vraie vie : ne pas prendre les moyens pour le but. L’argent, et tout ce qu’on possède, qu’il nous faut gagner par notre travail pour mener une vie normale, ce ne sont que des moyens. Mais la vie, c’est autre chose : elle est communication, relations vraies entre les hommes, création d’amour. C’est tout cela, le Royaume que Jésus nous invite à chercher en priorité, où il nous invite à entrer. C’est le monde de la fraternité possible entre tous ceux qui font confiance au Dieu-Amour, au Dieu paternel et maternel révélé par Jésus Christ. À chacun de choisir sa voie ».
Bonne réflexion!
Bonne Homélie!
Raymond Gravel, ptre
Animateur spirituel des Pompiers de Montréal et des Policiers de Laval
Diocèse de Joliette
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