Jésus Christ, un prophète qui dérange!


Le 29 janvier 2012
Réf. Bibliques: 1ère lecture: Deutéronome (Dt 18,15-20)
2ième lecture: Corinthiens (1 Co 7,32-35)
Évangile: Saint Marc : (Mc 1,21-28)
par Raymond Gravel, prêtre

La 1ère lecture et l'évangile d'aujourd'hui nous parlent de prophétisme. Un prophète, quel nom mystérieux pour celui ou celle qui l'est et quelle belle mission pour celui ou celle qui l'exerce. Et pourtant, on devrait tous et toutes être prophètes. Le concile Vatican II a affirmé que tous les baptisés participent à la fonction prophétique du Christ. Mais qu'en est-il au juste? Qu'est-ce qu'un prophète?

1. Le prophète : Selon le dictionnaire, est prophète celui ou celle qui prédit l'avenir. C'est complètement faux, car la personne qui prédit l'avenir, est un ou une astrologue, une cartomancienne ou une diseuse de bonne aventure. Ça n'a rien à voir avec le prophétisme. Au fond, le prophète n'est pas celui ou celle qui dit d'avance, mais celui ou celle qui parle au nom de quelqu'un... comme chrétien au nom du Christ, au nom de Dieu. Le prophète ne prédit pas l'avenir; il lit le présent. Et, s'il lui arrive de parler au futur, c'est qu'il a pris le temps d'analyser le présent, de lire les signes des temps et de prévenir l'avenir. Un prophète doit avoir un bon jugement et un gros bon sens.

En 1ère lecture aujourd'hui, au livre du Deutéronome, Moïse rappelle au peuple d'Israël que, dorénavant, Dieu ne parlera plus directement au peuple; il se servira d'un intermédiaire, d'un prophète pour s'exprimer: "Au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi, et vous l'écouterez. C'est bien ce que vous avez demandé au Seigneur votre Dieu, au mont Horeb, le jour de l'assemblée, quand vous disiez : Je ne veux plus entendre la voix du Seigneur mon Dieu, je ne veux plus voir cette grande flamme, je ne veux pas mourir!" (Dt 18,15-16). Par ailleurs, il a été difficile de reconnaître Moïse comme prophète, comme il a été difficile de reconnaître le Christ comme prophète.

Dans l'évangile d'aujourd'hui, l'évangéliste Marc a beau dire : "On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité et non pas comme les scribes" (Mc 1,22), ça n'a pas empêché un homme de contester son enseignement : "Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth? Es-tu venu pour nous perdre? Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu" (Mc 1,24). C'est plutôt particulier, car même s'il sait qui il est, l'homme le conteste quand même et refuse la nouveauté de la Parole qu'il porte. Mais qui est donc cet homme présenté par Marc comme un possédé, qui connaît l'identité du Christ de l'évangile et qui s'oppose à son enseignement? Il faut que ce soit quelqu'un en autorité : un dirigeant de la communauté, un prêtre, un scribe, un curé du temps…qui refuse la nouveauté de l'évangile, comme il s'en trouve encore beaucoup aujourd'hui. Et là, Jésus l'invite fortement à se taire (Mc 1,25). Et l'évangéliste ajoute : "Tous s'interrogeaient : Qu'est-ce que cela veut dire? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité! Il commande même aux esprits mauvais, et ils lui obéissent" (Mc 1,27).

Sans vouloir faire de parallèle avec aujourd'hui, il me semble que si Marc précise qu'il s'agit d'un enseignement nouveau, différent de celui des prêtres et des scribes du temps, cet enseignement a dû choquer, brasser, secouer même, les responsables religieux de l'époque. Mais le Christ de l'évangile ne s'attaque pas à l'homme lui-même, mais à sa fermeture, à son refus d'accueillir la nouveauté de Dieu qui s'exprime à travers lui, à ses lois, à ses préceptes et à ses règlements qui l'étouffent et qui enferment les gens dans une culpabilité qui est contraire à l'Esprit de Liberté du Christ de l'évangile.

Un exégète français anonyme écrit : "C'est bien le sens de l'ordre de Jésus à l'esprit mauvais : Silence! Sors de cet homme! Jésus est venu pour que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en abondance. Son autorité est uniquement un pouvoir de vie et non de mort. Les scribes finissaient par stériliser la Loi. Jésus la libère de tout carcan pour en faire une Parole créatrice de vie. Et nous, en Église, que faisons-nous de cette Parole? Trop souvent, nous transformons les paroles de l'Évangile en autant de préceptes moraux, juridiques, qui enferment les consciences en les culpabilisant, au lieu d'en faire des appels de l'Esprit de Liberté qui veut nous mettre debout, faire de nous des éveillés, des vivants".

2. Le prophète aujourd'hui: Qui sont les prophètes d'aujourd'hui? Le cardinal belge Godfried Danneels écrit : "Le nom de Dieu c'est Jésus de Nazareth. Car c'est par le Fils que je connais le Père. C'est la voie d'accès. Je peux évidemment parler du Père mais il est toujours caché derrière le nom de son Fils. C'est un homme concret qui a vécu avec nous et parmi nous, qui laisse des traces dans l'histoire. C'est un Dieu historique". Si je poursuis la réflexion du cardinal Danneels, je dois dire que ce Dieu historique incarné par Jésus de Nazareth est toujours vivant aujourd'hui, à travers nous, son Église. Ce qui signifie que le nom de Dieu aujourd'hui, c'est le Christ ressuscité, et le Christ ressuscité, c'est nous. C'est pourquoi, nous sommes toutes et tous des prophètes de par notre baptême et notre engagement comme disciples du Ressuscité, puisque nous sommes son Corps. Alors la question qu'on nous pose est la suivante : Quels visages donnons-nous à voir de Dieu, du Christ, au monde dans lequel nous vivons? Le visage d'un Dieu vengeur? Guerrier? Juge? Mesquin? Hypocrite? Ou bien un visage d'un Dieu d'Amour? De tolérance? De pardon? De partage? De paix? D'espérance?

On dit souvent aujourd'hui que les hommes et les femmes ne veulent plus entendre parler de Dieu. Est-ce vraiment de Dieu que les gens ne veulent plus entendre parler? Ne serait-ce pas plutôt certains visages de Dieu qu'on leur présente? À écouter certains dirigeants d'aujourd'hui, qui incarnent un Dieu plutôt pervers : qui juge, qui condamne et qui exclut, je peux comprendre que des croyants ne veulent plus en entendre parler. Mais si on leur présente un Dieu d'Amour qui accueille l'autre, le tout autre, dans le respect et la dignité, il me semble que les croyants d'aujourd'hui comme ceux d'hier, seraient moins réfractaires à ce Dieu de l'histoire, qui est un Dieu de Liberté et d'Amour.

En terminant, on peut bien demander à Dieu, dans nos prières, de nous envoyer des prophètes pour parler en son nom. J'oserais dire : Arrêtons de lui en demander et commençons par reconnaître ceux qui sont déjà là et qui nous parlent de lui, car, comme le dit bien l'exégète québécois Jean-Pierre Prévost : "Le problème n'est pas du côté de Dieu qui nous envoie toujours les prophètes qu'il nous faut, mais plutôt de notre côté à nous et de l'accueil que nous leur réservons". Savons-nous écouter la Parole de nos prophètes qui nous disent différemment, bien sûr, mais qui nous disent la nouveauté de notre Dieu?

Bonne réflexion!
Bonne Homélie!

Raymond Gravel, ptre
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